Don Pasquale à l'Opéra Garnier

Michel Pertusi (Don Pasquale), Pretty Yende (Norina)
Photo ©Vincent Pontet /OnP
Viva la Comedia !

Modèle du genre bouffa, l’opéra de Gaetano Donizetti est repris à l’Opéra Garnier dans la mise en scène de Damiano Michieletto qui fait vivre cet ouvrage pétillant et drôle, évitant les clichés du "dépoussiérage". 
L’intrigue faisait le miel de la Commedia dell’arte: un riche célibataire ronchon s’est mis en tête de se marier sur le tard mais il va se faire berner par son neveu et sa fiancée. Les interprètes en assurent la drôlerie émaillée de romanesque : Don Pasquale (Michele Pertusi), le vieux garçon pingre et naïf, son neveu Ernesto (Javier Camarena), l’amoureux candide, Norina (Pretty Yende), la jeune femme audacieuse et insolente, le rusé et facétieux Malestata (Christian Senn). Une production enjouée et enlevée, truffée d’incursions hilarantes comme le selfie, l’appel sur smartphone, les enregistrements vidéo sur fond vert ou la séance teinture coiffeur. 

Saison 2019-20 à l'Opéra de Paris


14 mars 2019 : L’Opéra de Paris annonce la saison 2019-20 avec ses nouvelles productions : Le Ring, La Traviata, Manon, Les Indes Galantes et Le Prince Igor.
"Ce qui met en danger l’opéra, c’est le consensus et l’indifférence" écrit Stéphane Lissner pour son avant-dernière programmation. Sa priorité : célébrer les 350 ans de la maison en laissant s’exprimer une nouvelle génération d’artistes. 

- Le projet hors-norme de La Tétralogie de Wagner est confié à Calixto Bieito avec Philippe Jordan dans la fosse. Jonas Kaufmann chante Sigmund dans La Walkyrie et Andreas Schager sera Siegfried dans les deux derniers ouvrages.


Saison 2019-20 au Metropolitan Opera

Lever de rideaux 

26 février 2019
Le Metropolitan Opera de New-York ouvre les annonces de la prochaine saison 2019-20 avec cinq nouvelles productions. C'est la 14ème saison de Peter Gelb, son Directeur général et la seconde de Yannick Nézet-Séguin, son Directeur musical. 

Ouverture en septembre avec l’opéra américain Porgy and Bess de Gerswhin avec Eric Owens et Angel Blue, Wozzeck de Berg, mettant en vedette Peter Mattei et Elza van den Heever, Akhnaten de Philip Glass qui fait son entrée au répertoire du Met, comme Agrippina de Haendel avec Joyce DiDonato. Enfin, Le Vaisseau fantôme de Wagner avec Bryn Terfel et Anja Kampe, dans une mise en scène de François Girard, créateur du sublime Parsifal de 2013.

Jonas Kaufmann et Juan Diego Florez absents mais Anna Netrebko super-star : unie à Placido Domingo dans Macbeth de Verdi, reprise de Tosca de Puccini et Gala du Nouvel célébré avec Puccini.

Les Troyens de Berlioz à Bastille

© Vincent Pontet / OnP
Tragédie lyrique et grand opéra français

27 janvier 2019 : Pour les 150 ans de la mort de Berlioz, l’attente de cette nouvelle production des Troyens était grande. Epopée lyrique en 5 actes composée par un génie de l’orchestration, la composition et le souffle méritaient le frisson des grands jours. 
Si le plateau de très belles voix vaut le déplacement, la mise en scène fait retomber l’enthousiasme car la proposition dramaturgique de Dmitri Tcherniakov se montre bien inégale et insolite. La première partie de l’ouvrage, La prise de Troie, s’avère forte et plutôt réussie mais la seconde, Les Troyens à Carthage, nous laisse attristé car dépossédé de nos émotions. 
Repenser, régénérer, actualiser, tel est le credo des metteurs en scène qui n’ont que faire de nos émotions et dont on connaît à l’avance les diktats théâtraux. Ne dit-on pas désormais Les Troyens de Tcherniakov (le compositeur ayant disparu, il n’a plus la voix au chapitre). Mission accomplie par celui qui "ne veux pas créer quelque chose qui soit trop facile à comprendre". Chanteurs et choristes sont encensés de généreux applaudissements alors que les idées novatrices peinent à convaincre et sont accueillies par des huées. De quoi méditer la pensée de Berlioz : "Il faut collectionner les pierres qu'on vous jette. C'est le début d'un piédestal."

Meilleurs voeux 2019


L’année 2018 vient de se refermer sur de mémorables spectacles ciselés pour l’oreille. Au fil de l'année, vous avez plébiscité l’intensité magicienne de beaucoup d’entre eux, en tête : l’Otello d’anthologie et l’abîme mystique de Parsifal à Munich, l’enchantement d’une Traviata New Look et le western-opéra La Fanciulla del West au Met, la renaissance des Huguenots à Paris.

La caresse d’un timbre, le regard dans la voix, le sentiment dans le mot, le don de soi, autant de qualités qui replacent l’interprétation au cœur de nos émotions. Les artistes-chouchous d’Espace Lyrique ont de nouveau sublimé, dépoussiéré, les œuvres que l’on croyait connaître. 
Il y a eu bien sûr l’or pur des voix des "fidèles" du site : Jonas Kaufmann, Anja Harteros, Juan Diego Flórez, Sonya Yoncheva et Ludovic Tézier. 
Toute ma gratitude à eux et aux interprètes si parfaitement bien chantants de l’année: Ildar Abdrazakov en Boris Godounov, Peter Mattei en Amfortas, Lisette Oropesala en Marguerite de Valois, Gerald Finley en Iago, Marianne Crebassa en Orphée, Stéphane Degout en Hamlet et Diana Damrau en Violetta.

Que cette nouvelle année soit riche en musique !

Bonne Année 2019 ! Happy New Year ! Frohes Neues Jahr !  Felice Anno Nuovo ! Feliz Año Nuevo ! С Новым Годом !

Hamlet à l’Opéra Comique

En grand et en majesté
23 décembre 2018 : Difficile d’imaginer plus merveilleux Hamlet. Le talent de Stéphane Degout éclate dans son incarnation vibrante du personnage shakespearien. Glorieux de timbre et d’amplitude, le baryton français délivre une performance d’acteur habité corps et âme, dans une détermination qui serre le cœur. Rôle écrasant dans lequel il semble aller jusqu’au bout des sentiments dévastateurs dans les affrontements théâtraux. Sous l’influence du spectre du père qui le pousse à agir, il est fascinant d’intensité, tout autant bouleversant et halluciné dans l'opposition à la mère ou face à Ophélie. Silhouette gracile, pureté des aigus, Sabine Devieilhe incarne Ophélie pour la première fois. Toujours virtuose, la soprano invite à un chant aérien d’une aisance dans les vocalises à se pâmer.
L'ouvrage d'Ambroise Thomas, l’une des plus belles partitions du répertoire français est mise en images à l'Opéra Comique avec une distribution éblouissante.

Simon Boccanegra à l’Opéra Bastille

Pater dolorosus

Ludovic Tézier (Simon Boccanegra) ©Agathe Poupeney /OnP
13 décembre 2018 : A lui seul, Ludovic Tézier justifie de découvrir cette obscure nouvelle production de l'Opéra de Paris. Son interprétation du doge génois est magistrale, habitée, toute en émotion retenue.
Tout au long de la dernière décennie, cet olympien verdien a développé de la façon la plus accomplie son identité vocale. Une carrière où il est allé lentement alors que la voix gagnait en étoffe et en résonnance. 
A 50 ans, le baryton français aligne désormais les grands rôles. L’important c’était d’arriver à l’heure pour le bonheur des scènes internationales, au sommet de sa technique dans Don Carlos, Rigoletto, Macbeth, Il Trovatore, La Traviata, Tosca ou Ernani
Aujourd’hui, il incarne pour la première fois sur scène le rôle-titre de Simon Boccanegra, gravant dans le mémorable la vérité du sentiment verdien. Majesté innée, alliage du timbre et de la musicalité, ampleur dans l’immensité de Bastille. Magnifique !

Otello de Verdi à Munich

L'émotion à l'oeuvre

10 décembre 2018 : Otello de Verdi au Bayerische Staatsoper, drame de la jalousie dans un univers hors d’âge imaginé par Amélie Niermeyer et magistralement interprété. Trois voix d’exception, et plus encore, trois incarnations qui subjuguent par l’intensité du jeu. L’émotion à l’œuvre est contagieuse.
Dans cette œuvre brillante et expressionniste, Verdi débusque les pires travers de l’humanité avec une grâce poétique infinie. Amélie Niermeyer propose un voyage dans la psyché des protagonistes, une mise à nu dépouillée du contexte historique. Otello n’est plus ce chef de guerre auréolé de victoires retrouvant son épouse alanguie par son absence, c’est un officier ordinaire, intérieurement brisé de batailles qui va céder au doute et aux apparences jusqu’à l’acte irréparable.  

Un drame de l’intime dans lequel Jonas Kaufmann et Anja Harteros subliment les moments intenses, du simple regard au tendre baiser. Une telle profondeur du jeu et des sentiments que l’on se sent parfois de trop dans l’intimité du couple. 
Avec de tels artistes, la musique se fait chair, laissant transparaître les souffrances, les cicatrices mais aussi l’humanité des sentiments. Ne jamais sacrifier l’intuition musicale et leur tendre complicité pour ne jamais fabriquer l’émotion mais l’infuser dans le cœur, telle est leur règle d’or. 

Rossini, 150 ans plus tard

13 novembre 2018 : Il y a 150 ans aujourd’hui disparaissait Rossini, un vendredi 13 de novembre 1868. 
Ses biographes ont souligné son extraordinaire précocité et son étonnante fécondité qui lui valurent très tôt une popularité inégalée à l’époque. 

De 18 à 37 ans, il compose la totalité de ses opéras, 39 œuvres et une révolution dans l’écriture. Tancrède et l’Italienne à Alger à Venise en 2013 lui apportent la gloire à 21 ans. 
Trois ans plus tard, Le Barbier de Séville, écrit en 16 jours, est un succès retentissant. Il sillonne l’Europe pendant 4 ans, devient Directeur du Théâtre Italien de Paris, ville où il compose Le Comte Ory (1828) et Guillaume Tell (1829). 
En 1830, la Révolution de juillet lui fait perdre sa place et, à l’âge de 37 ans Rossini abandonne définitivement le théâtre lyrique.

Pourtant, dans l’ouvrage "Aspects de la critique musicale au XIXe siècle" (*), on découvre que la Révolution Rossini nourrit une importante critique musicale en France. Dans les années 1820, le Maestro avait quitté l’Italie pour Paris et les meilleurs esprits de l’époque entrèrent dans l’arène pour le défendre ou le critiquer.