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Luisa Miller de Verdi au Metropolitan Opera

Coup de coeur !

Plácido Domingo et Sonya Yoncheva ©Chris Lee / Met 

15 avril 2018 : Une belle soirée de retransmission d’opéra comme on les aime : le génie de Verdi, des voix de caractère, une tragédie déchirante sur l’amour paternel, un père et sa fille désarmés et désarmant dans un monde hostile, un opéra aux vertus authentiques, vocalement et musicalement.

Luisa Miller, opéra rarement joué, recèle de mélodies passionnées et d’admirables moments de lyrisme. Un 1er acte belcantiste avec ses airs bondissantes, un 2ème qui s’assombrit avec le plaidoyer de Luisa et le duo pour deux basses (Alexander Vonogradov et Dmitry Belosselskiy). Dans l’acte final digne d’un Otello avant l’heure, Verdi soigne les derniers duos père-fille et amants dans une explosion émotionnelle qui nous laisse totalement désarmés…et enchantés. 

Plácido Domingo, Sonya Yoncheva, Piotr Beczala, les voix ont régné en maître répondant aux exigences des rôles avec grâce et émotion, une première fois pour chacun.

Don Carlos à l'Opéra de Paris

La tête dans les étoiles

©Agathe Poupeney/OnP
23 octobre 2017 : S’il est fréquent de programmer Don Carlo en italien, il est très rare de monter Don Carlos, l’œuvre en 5 actes sur un livret en français telle que Verdi la livra à l’Opéra de Paris il y a 150 ans. Il est tout aussi rare d’y convier cinq interprètes dans l’âge d’or de leurs performances vocales: Jonas Kaufmann,Sonya Yoncheva, Elina Garanca, Ludovic Tézier et Ildar Abdrazakov. Des voix rompues à l’intensité capables de débordements héroïques et d’intériorité profonde. 

Les grandes espérances de ce Don Carlos auront tenu toutes leurs promesses, ce sont cinq heures d’un festin vocal qui filent comme un rêve éveillé. D’autant que cette partition de Verdi est purement envoûtante, une œuvre forte au style musical si abouti que l’on a du mal à imaginer que sa création connut un accueil mitigé. 

En contraste avec l’or pur, la mise en scène de Krzysztof Warlikowski n’éblouit pas. En confiant cette nouvelle production au metteur en scène polonais, Stéphane Lissner savait que sa conception serait assez éloignée de l’Espagne de Velázquez. Elle se révèle un peu fade et froide, loin des brûlures de la partition. Personnellement, je lui reprocherais son absence d’obligeance envers cette pléiade d’étoiles réunies pour transcender ce chef-d’œuvre de Verdi. 
Ce sont les voix qui prennent toute la place et on en oublie la mise en scène.

Femmes du mois

Norma, Tosca et Dalila, trois tempéraments !

Anja Harteros, Sonya Yoncheva et Anita Rachvelishvili
10 octobre : Cette rentrée aura comblé notre appétence pour l’art lyrique et ses lumineux interprètes. Ces artistes qui travaillent des heures dans l’ombre à leur prochaine incarnation, poussant toujours plus loin cette quête de dextérité vocale et d’harmonie. Sacrifier beaucoup, cajoler sa voix, cadeau du ciel, et vibrer de toute son âme le temps d’une soirée de luxe.

Qu’y a-t-il de commun entre Norma, Tosca et Dalila ? Rien, si ce n’est l’émotion et la fascination que trois immenses chanteuses sont parvenues à susciter. Trois voix, trois styles et trois tempéraments.
Anja Harteros dans le rôle de Floria Tosca. La soprano allemande est rare à Paris, s’éloignant peu de son pays natale et remaniant son agenda pour "raisons personnelles". Sa dernière apparition à l’Opéra de Paris, c’était en Eva dans Les Maîtres Chanteurs en 2003. Sa présence dans Tosca était donc très attendue et elle a été sublime.
Sonya Yoncheva pour sa première Norma sur la scène de Covent Garden. La jeune soprano bulgare a fait du chemin depuis ses débuts dans le baroque. Son répertoire s’est étendu bien au-delà pour s’épanouir aujourd’hui dans ce redoutable rôle-titre.
Anita Rachvelishvili en Dalila pour ses débuts à Bastille. La mezzo soprano géorgienne nous avait éblouis en Amnéris en juin dernier, elle revient en prêtresse venimeuse pour une prestation de haut vol.

Lucia di Lammermoor à l'ONP

Sonya Yoncheva à l’assaut de Bastille et de ses décors

Sonya Yoncheva  ©Javier del Real
30 septembre 2013 : Pour sa première apparition à l’Opéra de Paris, Sonya Yoncheva a littéralement enflammé le public dans le rôle-titre de Lucia di Lammermoor, l’une des œuvres les plus inspirées de Donizetti. 
La jeune soprano bulgare au timbre aussi pulpeux que sa silhouette nous a réjouis tout au long de cette partition si difficile. Ses moyens vocaux paraissent inépuisables et cette voix généreuse enveloppe chaque spectateur dans l’espace infini de Bastille. Armée de son timbre fruité, de sa virtuosité et de son aisance, Sonya Yoncheva a confirmé quelle grande artiste elle est déjà. Sa performance a été saluée par de longues ovations après "Regnava nel silenzio" du premier acte et après le fameux "Air de la folie".

©ONP
Et comble de bonheur, l’Edgardo bien-aimé de Lucia était musicalement à sa hauteur. Le jeune ténor américain Michael Fabiano a été révélé au public parisien qui a découvert cette voix puissante projetée magnifiquement. Grâce à son intensité dramatique et sa vigueur vocale, il nous a offert une émouvante scène finale particulièrement réussie (une graine de star-ténor en germination qui m’a fait penser aux timides débuts d’un Jonas Kaufmann). Le couple apparaît scéniquement comme une évidence et on n’avait pas vu un public aussi enchanté et enthousiaste à Bastille depuis bien longtemps.