Jonas Kaufmann, "Met Stars Live in Concert"

Jonas Kaufmann, en Live, en émotion, intensité et générosité

19 juillet 2020 : Après des mois de diffusions quotidiennes des captations de la décennie, le Metropolitan Opera lance "Met Stars Live in Concert" inauguré par l’artiste qui occupe une place centrale dans l’art lyrique: Jonas Kaufmann. 

Une série de 12 récitals des plus grandes voix qui seront diffusés en direct au monde entier par satellite depuis des lieux remarquables à proximité des interprètes: un château norvégien, une terrasse sur une falaise surplombant la Méditerranée ou une église au Pays de Galles.
Ce soir, le ténor bavarois chante à quelques kilomètres de Munich. L’intérieur baroque de l’Abbaye de Polling orné de sublimes fresques sert de cadre idéal à ce récital d’exception. 
Les premières images font sensation : Jonas Kaufmann et son fidèle pianiste et ami Helmut Deutsch apparaissent dans un silence recueilli. Des conditions inédites, l’émotion pointe dans cet écrin vidé de tout public. Le temps de l’ivresse musicale a été brutalement suspendu en mars et ce retour à un récital inattendu est quasi solennel. Le cadre se prête merveilleusement à la pure contemplation de la beauté d’un chant.

Jonas Kaufmann au Théâtre des Champs-Elysées

"Ma Vienne"

24 janvier 2020: Les cœurs viennois se brisent aussi mais dans les bulles de champagne. Après l’intensité sombre de Paul dans La Ville morte de Korngold à Munich en décembre et avant un retour en Florestan à Londres en mars prochain, Jonas Kaufmann insère un voyage musical à Vienne. La Vienne festive des opérettes de Johann Strauss et Franz Lehar, en passant par le romantisme de Robert Stolz ou Emmerich Kalman.

Une parenthèse de musique légère pendant un mois et dans douze villes, rompant son quotidien chargé de drames lyriques pour les bonheurs simples de l’opérette. Ce soir, c’est l’escale à Paris et l’intermède viennois a bien lieu. Car annoncé souffrant il y a deux jours, le ténor avait été contraint d’annuler le précédent concert à Nuremberg.
"Cette musique me transporte" dit-il. Son amour pour Vienne remonte à son enfance, à ses vacances au Tyrol où il se familiarise avec l’intonation du dialecte viennois et où sa grand-mère lui chante ces opérettes. Il en a gardé la nostalgie comme le bonheur de les chanter.

Juan Diego Flórez à la Philharmonie

Viva Verdi & Co ! 

Pour ce concert donné à la Philharmonie de Paris, Juan Diego Flórez explore les chefs-d’œuvre de Verdi avant d’interpréter des airs d’opéras de Lehár, Massenet, Bizet et Puccini. Un magnifique concert, modèle de chant lumineux et de convivialité musicale !

Il y a trois aspects de son talent que le ténor péruvien est parvenu à affirmer en plus de 20 ans de carrière: la beauté envoûtante de son chant, l’effervescente agilité technique et la générosité. Professionnel et heureux d’être là, le sourire aux lèvres, dans une complicité qu’il sait créer naturellement avec le public, lui manifestant son affection autant qu’il en reçoit. Son bonheur est comme son chant : généreux. 

Concert Elina Garanĉa au Théâtre des Champs-Elysées

Mezzo-reine

17 octobre 2019: L’une des plus impressionnantes mezzo-soprano de notre époque revient à Paris pour un concert en duo musical avec le chef Karel Mark Chichon, son époux, à la direction de la Deutsche Staatsphilharmonie Rheinland-Pfalz. Après une première partie consacrée au lyrisme italien et ses héroïnes au fort tempérament, la température grimpe avec les canciones hispaniques.

Reine par sa beauté, Elina Garanĉa subjugue tout autant par son talent. Depuis son époustouflante incarnation de la Princesse Eboli dans le Don Carlos parisien de 2017, on sait à quel point ce plein épanouissement de ses moyens vocaux est un enchantement. Ce soir, elle n’a pas besoin de mise en scène pour faire vivre la princesse passionnée. La mezzo lettone ose tout et fascine. Actrice intense, les premiers mots de "O don fatal" l’engagent toute entière. Le timbre riche et velouté illumine "Io son l’umile ancella", une incursion dans le répertoire soprano d'Adriana Lecouvreur.

Werther au Royal Opera House

Juan Diego Flórez délicieusement romantique

Juan Diego Flórez et Isabel Leonard 
© 2019 ROH / Catherine Ashmore
27 septembre 2019: Quoi de plus envoûtant que cet ouvrage de Massenet où la beauté désarmante des mélodies, la mélancolie douloureuse d’un solo d’instrument, la grâce et la délicatesse dressent les contours de son Werther sombre et poétique. Rarement élan, étreinte et souffrance n’avaient trouvé parfaite expression musicale de la tectonique des sentiments. 

Créée à Londres en 2004 puis à Paris en 2009, la production de Benoît Jacquot répond merveilleusement bien au pouvoir magnétique et lyrique de cette musique. Modèle d’élégance et de raffinement, elle appartient au panthéon des spectacles où tout est réussi, où la symbiose des décors, lumières, costumes et de la musique alimentent notre insatiable curiosité de la revoir. 

Plaisir intense de retrouver Juan Diego Flórez dans le rôle-titre pour la première fois à Covent Garden face à la mezzo américaine Isabel Leonard dans le rôle de Charlotte. 

La Traviata de Verdi à Paris

© Charles Duprat / OnP
Violetta connectée

18 septembre 2019: A Garnier, l’éternelle Traviata a les yeux de Pretty Yende. En gros plan, tel un tableau animé, son immense regard intense et fardé nous capte alors que le rideau n’est pas encore levé. La soprano sud-africaine incarne Violetta, casse les codes pour se métamorphoser en jeune femme indépendante à l’ère du numérique, et on la retrouve dans un nouveau rôle toute en fraîcheur et vibrante d’émotions.
 
La nouvelle production de Simon Stone fait bouger les lignes du temps. Le jeune metteur en scène australien parvient à déconstruire l’intrigue du XIXème siècle en l’inscrivant avec talent dans l’essence même du monde contemporain. Violetta gagne sa vie avec son image sur les réseaux sociaux. Influenceuse de mode, égérie de la marque de parfum "Villain", sa vie branchée défile sur les écrans, quantifiée en "followers", "like", émoticônes et cœurs. Sur un plateau tournant agrémenté d’immenses projections d’écrans familiers de WhatsApp, Facebook ou Instagram, la scénographie rend compte de sa boulimie de vie juvénile, de ses excès superficiels comme du tragique, de la mélancolie et de la douloureuse issue. 

Les Puritains de Bellini à l’Opéra Bastille

L'amour en cage

©Andrea Messana /OnP
16 septembre 2019 : Après une longue pause estivale, c’est un bonheur de retrouver le génie mélodique de Bellini: Les Puritains reviennent à l’Opéra de Paris dans la production de Laurent Pelly. Composé peu de temps avant la mort du compositeur à l’âge de 34 ans, cet ouvrage est un florilège de mélodies somptueuses. Ces magnifiques pages - parmi les plus belles de l’opéra italien du XIXème siècle - furent écrites sur mesure pour un quator de très grandes voix de l’époque. Les jeunes talents qui l’abordent ne doivent pas être trop frileux.
 
Laurent Pelly choisit les yeux d’Elvira pour nous raconter l’histoire dans "l’univers mental et rêveur du sujet principal qui reste Elvira et sa couleur émotionnelle fantomatique et translucide". Précédée d’une réputation flatteuse, Elsa Dreisig s’empare du rôle de l’héroïne romanesque pour la première fois avec un engagement total. La beauté du timbre, l’aisance et la rondeur des aigus et son innocence poétique sont un enchantement. 
Francesco Demuro campe un Arturo solide et d’une grande générosité. Dans le dernier acte, il affronte avec vaillance et élégance les redoutables aigus. Igor Golovatenko est tout en noirceur et arrogance dans le rôle de Lord Riccardo Forth. 
A Nicolas Testé échoit le beau et noble rôle de Sir Giorgio. Mélodieux et touchant, il remporte un beau succès personnel légitime aux saluts. 

Happy Birthday, lieber Jonas!


10 juillet 2019
Jonas Kaufmann, le ténor qu’on aime car il nous fait tout aimer à l’opéra, fête ses 50 ans aujourd’hui. 
Et comme ce ténor inspire généreusement ce site, une image captée lors des saluts de Manon Lescaut à Munich en 2014, l’expression du merveilleux de l’opéra : chanter c’est donner du bonheur aux autres, et s’en donner d’abord à soi-même. 

A 50 ans, riche d’une expérience longuement mûrie et d’un travail accompli, il reste pour l’heure le ténor que l’on attendait : hier Don José, Florestan, Werther, Mario, Siegmund, Maurizio, Lohengrin, Parsifal, Don Carlo, Chénier, aujourd’hui Otello, Alvaro, demain Tristan, Peter Grimes ou Siegfried.
Depuis plus de 10 ans et le "big bang" de son Werther parisien, les éloges tombent car l’art lyrique a trouvé son serviteur. "La voix de son être" (2008), "La plus belle voix du monde" (2010), "Aimé des dieux" (2013), "Le ténor que le monde attendait" (2014), "La suprême intelligence d’une voix en or" (2015), "Maître chanteur" (2016), "Le Chevalier phénix" (2017) ou "L’Otello de tous les sommets" (2018).

Iphigénie en Tauride au TCE

Gaëlle Arquez et Stéphane Degout
(c) Vincent Pontet
Eblouissante Iphigénie

1 juillet 2019 : Gaëlle Arquez émue aux larmes pour la dernière de Iphigénie en Tauride de Gluck au Théâtre des Champs-Elysées. Et cadeau d’anniversaire pour la mezzo française qui fait ses débuts dans ce rôle et au Théâtre. 

A la découverte de cette production de Robert Carsen, on ne peut que partager les éloges du public et de la critique lors de la première de cet ouvrage de Gluck en mai 1779 : " L’émotion la plus vive exprimée sur tous les visages et un attendrissement souvent porté aux larmes".

Gluck offre une page lyrique sublime de la tragédie grecque et nous plonge d’entrée dans l’âme en détresse d’Iphigénie, Gaëlle Arquez, éblouissante interprète