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La Traviata de Verdi à Paris

© Charles Duprat / OnP
Violetta connectée

18 septembre 2019: A Garnier, l’éternelle Traviata a les yeux de Pretty Yende. En gros plan, tel un tableau animé, son immense regard intense et fardé nous capte alors que le rideau n’est pas encore levé. La soprano sud-africaine incarne Violetta, casse les codes pour se métamorphoser en jeune femme indépendante à l’ère du numérique, et on la retrouve dans un nouveau rôle toute en fraîcheur et vibrante d’émotions.
 
La nouvelle production de Simon Stone fait bouger les lignes du temps. Le jeune metteur en scène australien parvient à déconstruire l’intrigue du XIXème siècle en l’inscrivant avec talent dans l’essence même du monde contemporain. Violetta gagne sa vie avec son image sur les réseaux sociaux. Influenceuse de mode, égérie de la marque de parfum "Villain", sa vie branchée défile sur les écrans, quantifiée en "followers", "like", émoticônes et cœurs. Sur un plateau tournant agrémenté d’immenses projections d’écrans familiers de WhatsApp, Facebook ou Instagram, la scénographie rend compte de sa boulimie de vie juvénile, de ses excès superficiels comme du tragique, de la mélancolie et de la douloureuse issue. 

Les Puritains de Bellini à l’Opéra Bastille

L'amour en cage

©Andrea Messana /OnP
16 septembre 2019 : Après une longue pause estivale, c’est un bonheur de retrouver le génie mélodique de Bellini: Les Puritains reviennent à l’Opéra de Paris dans la production de Laurent Pelly. Composé peu de temps avant la mort du compositeur à l’âge de 34 ans, cet ouvrage est un florilège de mélodies somptueuses. Ces magnifiques pages - parmi les plus belles de l’opéra italien du XIXème siècle - furent écrites sur mesure pour un quator de très grandes voix de l’époque. Les jeunes talents qui l’abordent ne doivent pas être trop frileux.
 
Laurent Pelly choisit les yeux d’Elvira pour nous raconter l’histoire dans "l’univers mental et rêveur du sujet principal qui reste Elvira et sa couleur émotionnelle fantomatique et translucide". Précédée d’une réputation flatteuse, Elsa Dreisig s’empare du rôle de l’héroïne romanesque pour la première fois avec un engagement total. La beauté du timbre, l’aisance et la rondeur des aigus et son innocence poétique sont un enchantement. 
Francesco Demuro campe un Arturo solide et d’une grande générosité. Dans le dernier acte, il affronte avec vaillance et élégance les redoutables aigus. Igor Golovatenko est tout en noirceur et arrogance dans le rôle de Lord Riccardo Forth. 
A Nicolas Testé échoit le beau et noble rôle de Sir Giorgio. Mélodieux et touchant, il remporte un beau succès personnel légitime aux saluts. 

La Force du destin à Bastille


©Julien Benhamou /Opéra national de Paris
24 juin 2019 : L’Opéra Bastille s’anime de la fatalité et de la malédiction de La Force du destin de Verdi, une version mise en images par Jean-Claude Auvray en 2011. 
Absolument divine, Anja Harteros insuffle toute la beauté poétique des sons célestes d’un chant pénétrant. Pour ses premiers pas in loco, le ténor Brian Jadge séduit d’emblée par une facilité de projection et une attachante empreinte juvénile. Après son Scarpia peu machiavélique, Željko Lučić incarne le frère vengeur assez paisiblement. 
L’opéra se caractérise par de forts contrastes, avec des moments de musique sublime et des tableaux plus surprenants musicalement, comme le "Rataplan" particulièrement réussi ce soir. Sans atteindre l’intensité de La Forza londonienne et son trio magique, la soirée s’avère réjouissante à bien des égards.

Tosca à l'Opéra de Paris

3 juin 2019 : L’Opéra de Paris annonçait une Tosca royale réunissant Jonas Kaufmann et Anja Harteros dans une reprise de la production de Pierre Audi. Des étincelles en perspective pour le premier Cavadarossi parisien du ténor en complicité parfaite avec la somptueuse soprano allemande. Mais déception, une fausse route et sa toux violente ont contraint le ténor bavarois à y renoncer. Marcelo Puente, ténor argentin que beaucoup découvre, assure les représentations de mai, Vittorio Grigolo ayant chanté la première. 
Ouvrage emblématique d’une dramaturgie enflammée avec ses émotions vocales et ses arias célèbres, Tosca est un opéra plein de fureur où le génie de Puccini scande la passion, mais aussi le pathétique et la violence des sentiments humains. Ce sont aussi des duos intenses où deux êtres accèdent par leur union ou leur affrontement à une dimension supérieure dans une inventivité mélodique et une fulgurance orchestrale d’où surgit l’émotion. 

Don Pasquale à l'Opéra Garnier

Michel Pertusi (Don Pasquale), Pretty Yende (Norina)
Photo ©Vincent Pontet /OnP
Viva la Comedia !

Modèle du genre bouffa, l’opéra de Gaetano Donizetti est repris à l’Opéra Garnier dans la mise en scène de Damiano Michieletto qui fait vivre cet ouvrage pétillant et drôle, évitant les clichés du "dépoussiérage". 
L’intrigue faisait le miel de la Commedia dell’arte: un riche célibataire ronchon s’est mis en tête de se marier sur le tard mais il va se faire berner par son neveu et sa fiancée. Les interprètes en assurent la drôlerie émaillée de romanesque : Don Pasquale (Michele Pertusi), le vieux garçon pingre et naïf, son neveu Ernesto (Javier Camarena), l’amoureux candide, Norina (Pretty Yende), la jeune femme audacieuse et insolente, le rusé et facétieux Malestata (Christian Senn). Une production enjouée et enlevée, truffée d’incursions hilarantes comme le selfie, l’appel sur smartphone, les enregistrements vidéo sur fond vert ou la séance teinture coiffeur. 

Saison 2019-20 à l'Opéra de Paris


14 mars 2019 : L’Opéra de Paris annonce la saison 2019-20 avec ses nouvelles productions : Le Ring, La Traviata, Manon, Les Indes Galantes et Le Prince Igor.
"Ce qui met en danger l’opéra, c’est le consensus et l’indifférence" écrit Stéphane Lissner pour son avant-dernière programmation. Sa priorité : célébrer les 350 ans de la maison en laissant s’exprimer une nouvelle génération d’artistes. 

- Le projet hors-norme de La Tétralogie de Wagner est confié à Calixto Bieito avec Philippe Jordan dans la fosse. Jonas Kaufmann chante Sigmund dans La Walkyrie et Andreas Schager sera Siegfried dans les deux derniers ouvrages.


Les Troyens de Berlioz à Bastille

© Vincent Pontet / OnP
Tragédie lyrique et grand opéra français

27 janvier 2019 : Pour les 150 ans de la mort de Berlioz, l’attente de cette nouvelle production des Troyens était grande. Epopée lyrique en 5 actes composée par un génie de l’orchestration, la composition et le souffle méritaient le frisson des grands jours. 
Si le plateau de très belles voix vaut le déplacement, la mise en scène fait retomber l’enthousiasme car la proposition dramaturgique de Dmitri Tcherniakov se montre bien inégale et insolite. La première partie de l’ouvrage, La prise de Troie, s’avère forte et plutôt réussie mais la seconde, Les Troyens à Carthage, nous laisse attristé car dépossédé de nos émotions. 
Repenser, régénérer, actualiser, tel est le credo des metteurs en scène qui n’ont que faire de nos émotions et dont on connaît à l’avance les diktats théâtraux. Ne dit-on pas désormais Les Troyens de Tcherniakov (le compositeur ayant disparu, il n’a plus la voix au chapitre). Mission accomplie par celui qui "ne veux pas créer quelque chose qui soit trop facile à comprendre". Chanteurs et choristes sont encensés de généreux applaudissements alors que les idées novatrices peinent à convaincre et sont accueillies par des huées. De quoi méditer la pensée de Berlioz : "Il faut collectionner les pierres qu'on vous jette. C'est le début d'un piédestal."

Simon Boccanegra à l’Opéra Bastille

Pater dolorosus

Ludovic Tézier (Simon Boccanegra) ©Agathe Poupeney /OnP
13 décembre 2018 : A lui seul, Ludovic Tézier justifie de découvrir cette obscure nouvelle production de l'Opéra de Paris. Son interprétation du doge génois est magistrale, habitée, toute en émotion retenue.
Tout au long de la dernière décennie, cet olympien verdien a développé de la façon la plus accomplie son identité vocale. Une carrière où il est allé lentement alors que la voix gagnait en étoffe et en résonnance. 
A 50 ans, le baryton français aligne désormais les grands rôles. L’important c’était d’arriver à l’heure pour le bonheur des scènes internationales, au sommet de sa technique dans Don Carlos, Rigoletto, Macbeth, Il Trovatore, La Traviata, Tosca ou Ernani. 
Aujourd’hui, il incarne pour la première fois sur scène le rôle-titre de Simon Boccanegra, gravant dans le mémorable la vérité du sentiment verdien. Majesté innée, alliage du timbre et de la musicalité, ampleur dans l’immensité de Bastille. Magnifique !

Les Huguenots de Meyerbeer à Bastille

Enfin à Paris !

© Agathe Poupeney / OnP
7 octobre 2018 : A Bastille, il y a des jours où il flotte comme un petit air de communion avec le spectacle et la musique, où l’enthousiasme du public fait plaisir à entendre. Saluons donc cette renaissance-événement d’un opéra rangé dans les tiroirs de l’Opéra de Paris depuis 1936.
Pourtant l’ouvrage de Meyerbeer regorge de grands moments, c’est furieux, virtuose et les fins d’actes sont absolument vertigineux. Personnellement, j’avoue mon coupable penchant pour cette musique inventive et foisonnante dont le souffle épique emporte les plus dépressifs des spectateurs. 

Avec Les Huguenots, quand les lumières s’éteignent, c’est parti pour 5 heures d’opéra-fleuve qui file comme un songe. Coup de foudre, méprise, quiproquos, traîtrise, horreur, tout ce qu’affectionne le drame romantique à l’issue tragique et dont la musique épouse tous les contours possibles. 

Boris Godounov de Moussorgsky à l'Opéra Bastille

Ildar-tzar

10 juillet 2018 : Emblème de l’âme russe, l’opéra de Moussorgsky concentre deux drames humains qui s’entremêlent: le destin shakespearien du héros et l’épopée du peuple russe maltraité, épuisé, manipulé. D’un côté, Boris, le tsar dans sa toute puissance mais rongé de remords, de l’autre, la fresque collective théâtre de scènes chorales d’une grande puissance.

L’Opéra Bastille présente une nouvelle production en demi-teintes d’Ivo Van Hove. Ildar Abdrazakov y fait d’impressionnants débuts dans le rôle-titre sous la direction de Vladimir Jurowski, toute en nuances et tension dramatique, comme l’interprétation magistrale des chœurs de l’Opéra de Paris.
La basse russe compose un personnage infiniment humain. Physique imposant pour l’endurance, voix de basse tellurique moirée de velours pour l’émotion, son Boris est magnifique. Un rôle où il chante la moitié du temps, concentré, éprouvant. "Le chant est pensé de façon dramatique et pour l’interprète, il est impossible de se reposer." dit-il. La dernière scène de la mort de tsar délivre les derniers accents bouleversants. C’est figé sur l’escalier, épuisé, le regard encore habité de la tragédie qu’Ildar Abdrazakov recueille alors une ovation digne des plus grands.

L'Heure espagnole et Gianni Schicchi à Bastille

Commedia dell’arte horlogère et complot burlesque à l’héritage

L’Heure espagnole. Nicolas Courjal, Philippe Talbot,
Clémentine Margaine, Stanislas de Barbeyrac et Thomas Dolié
19 juin 2018 : Pour Laurent Pelly, l’Opéra Bastille est un espace de création qui permet de révéler la modernité fantaisiste de ce alliance d’ouvrages. Un metteur en scène qui remet les horloges à l’heure en faisant acte de création apprécié chaleureusement de tous, cela devient rare !

L'Heure espagnole et Gianni Schicchi, deux opéras en un acte créés à 7 ans d’intervalle, l’un dans la jeunesse de Maurice Ravel et l’autre dans la maturité de Giacomo Puccini, deux univers musicaux réunis par la comédie. Deux distributions en or, deux mises en scène inspirées doublées d’une direction d’acteurs exemplaires et deux fois plus de bonheur léger. Direction au diapason du jeune chef Maxime Pascal.

Parsifal à l'Opéra de Paris

Parsifal © Emilie Brouchon / OnP
Wagner, Mattei et Jordan

22 mai 2018 : Après de lourds ennuis techniques l'ayant obligé d'annuler quatre représentations, l'Opéra de Paris présente enfin Parsifal de Richard Wagner. 
Une œuvre forte qui transporte dès les premières mesures, très peu d’œuvres ont ce privilège. C’est l’opéra de la compassion et de la rédemption universelle. Dès le prélude, Wagner créé un espace musical où le temps s’arrête, le son émerge de la fosse, immatériel, irréel, et l’émotion nous gagne. "Ici, le temps devient espace" chante Gurnemanz au I.


Cet univers envoûtant est déployé dans chaque pupitre, qualités admirables de l’Orchestre et du Chœur de l’Opéra de Paris sous les tempi lents et méditatifs de la direction de Philippe Jordan. "La musique est une nourriture émotionnelle qui synchronise les gens entre eux." dit-il. Comme souvent, ce chef cherche ce qui est grand, beau, sublime. Attentif et concentré, sa force tranquille s’efface derrière la musique, hors du temps, au plus près de l’âme et de l’intense spiritualité de l’ouvrage. Chef et musiciens nous laissent admiratifs du travail accompli gratifié d’une ovation des plus chaleureuses. 


Benvenuto Cellini de Berlioz à Bastille

Hauts les chœurs !

©Agathe Poupeney / OnP
5 avril 2018: Ce Benvenuto Cellini dans la version Terry Gilliam qui sillonne l’Europe depuis quelques années arrive enfin à l'Opéra de Paris. La mise en scène extravagante du très inventif cinéaste, ex-Monty Python iconoclaste, séduit et amuse. 

Une production pleine de fantaisie, de couleurs et de mouvements de scène sans que jamais on ne perde le fil de l’intrigue campée autour d’un Mardi Gras. Entre pluie de confettis déversés dès l’ouverture dans l’immensité de Bastille et paillettes multicolores qui se déposent sur nos vêtements en final, solistes, choristes, jongleurs et acrobates s’invitent dans cette folie théâtrale jubilatoire. 

Hector Berlioz s’inspire de la vie de cet orfèvre-sculpteur de la Renaissance pour composer son 1er opéra : le Florentin accéda à la renommée en dévoilant sa structure monumentale - Persée tenant la tête de Méduse – réalisée pour son Mécène de Médicis. Benvenuto Cellini fut un échec retentissant dès sa première représentation à l’Opéra de Paris en 1838, suivi d’une éclipse de cette scène jusqu’au début du XXème siècle.

Le rajeunissement est en marche à l'opéra

Opéra Garnier © Chan Richie

22 février 2018: Cette semaine, The New-York Times pointait "l’improbable révolution jeune à l’Opéra de Paris". 


Rendre possible l’ouverture et l’accessibilité à l’opéra, Stéphane Lissner s’y emploie pour la 4ème année consécutive. Avec des avant-premières à 10€ pour les moins de 28 ans et une réduction de 40% pour les trentenaires, c’est 95 000 nouveaux venus, soit 10% des billets vendus. 

Les actions entreprises pour rajeunir le public se poursuivent. En 1980, l’âge moyen du public était de 65 ans, il est de 45 ans en 2017. Mais Paris n'est pas seul : 39% des réservations au Royal Opera House de Londres ont désormais 40 ans ou moins. En comparaison, il est de 58 ans au Met de New-York et 54 ans au Staatsoper de Berlin. 


Saison 2018-19 à l'Opéra de Paris

Audace et tradition

30 janvier 2018 : L’Opéra de Paris annonce 19 titres dont 7 nouvelles productions pour la saison 2018-19. De nouvelles sources d’exaltation pour tout amateur d’opéra et un enthousiasme renouvelé pour l’institution parisienne depuis la prise de fonction de Stéphane Lissner. Il avait promis "les plus grands chanteurs, les plus grands musiciens, les plus grands metteurs en scène", promesse tenue. Le seul bémol revient peut-être à "l’audace" théâtrale de certaines figures de la mise en scène, appréciée de façon mitigée par le public. De belles surprises et débats en perspectives !

Ouverture de la saison avec Tristan et Isolde selon Peter Sellars et Bill Viola. Les nouvelles productions sont confiées aux audacieux : Claus Guth pour la création mondiale de Bérénice de Jarrell, la monumentale fresque de Meyerbeer Les Huguenots à redécouvrir dans la vision d’Andreas Kriegenburg, le sulfureux Calixto Beito pour Simon Boccanegra, Dmitri Tcherniakov pour Les Troyens, Romeo Castelluci pour Il Primo Omicidio de Scarlatti, Krzysztof Warlikowski pour Lady Macbeth de Mzensk et Ivo Van Hove pour Don Giovanni. 

De la Maison des Morts de Janácek à l'Opéra Bastille

D’une force inouïe

© Elisa Haberer, Opéra de Paris
27 septembre 2017 : L’ouvrage du compositeur tchèque revit à l’Opéra de Paris dans la production de Patrice Chéreau, dix ans après sa création à Vienne, déjà sous l’impulsion de Stéphane Lissner. 

Expérience immersive intense d’où jaillit une émotion qui ne nous quitte pas. Un spectacle fascinant dont la puissance repose sur la convergence de la musique âpre mais d’un lyrisme déchirant, du pathétique de ces vies brisées et de l’humanité dans le regard du metteur en scène. 

Lorsqu’il meurt en août 1928, Janácek vient d’achever cet opéra, son neuvième, d’après les souvenirs des quatre années de bagne de Dostoïevski. Il met en scène des exclus, des prisonniers politiques et des meurtriers dans un bagne de Sibérie où ils sont condamnés à terminer leur vie. Des hommes enfermés accablés dont nous allons entendre les plaintes et les aveux. Car dans cet opéra carcéral et masculin où même la lumière est glacée, tout n’est pas désespéré. "En chaque homme, une étincelle divine", les mots de Dostoïevski sont en exergue de la partition. 

Don Carlos à l'Opéra de Paris

La tête dans les étoiles

©Agathe Poupeney/OnP
23 octobre 2017 : S’il est fréquent de programmer Don Carlo en italien, il est très rare de monter Don Carlos, l’œuvre en 5 actes sur un livret en français telle que Verdi la livra à l’Opéra de Paris il y a 150 ans. Il est tout aussi rare d’y convier cinq interprètes dans l’âge d’or de leurs performances vocales: Jonas Kaufmann,Sonya Yoncheva, Elina Garanca, Ludovic Tézier et Ildar Abdrazakov. Des voix rompues à l’intensité capables de débordements héroïques et d’intériorité profonde. 

Les grandes espérances de ce Don Carlos auront tenu toutes leurs promesses, ce sont cinq heures d’un festin vocal qui filent comme un rêve éveillé. D’autant que cette partition de Verdi est purement envoûtante, une œuvre forte au style musical si abouti que l’on a du mal à imaginer que sa création connut un accueil mitigé. 

En contraste avec l’or pur, la mise en scène de Krzysztof Warlikowski n’éblouit pas. En confiant cette nouvelle production au metteur en scène polonais, Stéphane Lissner savait que sa conception serait assez éloignée de l’Espagne de Velázquez. Elle se révèle un peu fade et froide, loin des brûlures de la partition. Personnellement, je lui reprocherais son absence d’obligeance envers cette pléiade d’étoiles réunies pour transcender ce chef-d’œuvre de Verdi. 
Ce sont les voix qui prennent toute la place et on en oublie la mise en scène.

Exposition Mozart au Palais Garnier

"Je mets ensemble les notes qui s’aiment"

© Christophe Pelé / Opéra national de Paris
31 juillet 2017 : Pour ceux qui restent en ville cet été, allez voir (et entendre) cette remarquable exposition qui relate les relations particulières et passionnées qui liaient Mozart et la France: "Mozart, une passion française".

Car le compositeur le plus joué à l’Opéra Garnier a dû faire face au mépris et aux controverses de l’intelligentsia parisienne avant que son génie musical soit reconnu post mortem.

Pour exemple, dans ce temple du goût qu’est l’Opéra de Paris en 1805, un débat fait rage autour de Don Giovanni controversé car remanié pour sa création. Les adversaires du compositeur dénoncent le "tintamarre confus" de la musique allemande, et ses partisans qui, ne reconnaissant plus ses œuvres, crient au "vandalisme".

La Bibliothèque nationale de France et l’Opéra de Paris ont réuni plus de 140 pièces - certaines inédites - pour retracer les grande étapes de la reconnaissance du compositeur par le public français : manuscrits et dessins originaux, portraits d’artistes ayant croisé Mozart ou l’ayant interprété, maquettes de costumes et projets de décors pour ses opéras.
Présentation chronologique en trois actes de ces relations tumultueuses puis apaisées : les trois séjours de Mozart à Paris, l’adaptation de ses œuvres au goût français et sa consécration sur les scènes lyriques.

Eugène Onéguine de Tchaïkovski à Bastille

La quintessence de l’âme russe

Peter Mattei (Onéguine) et Anna Netrebko (Tatiana)
© Guergana Damianova /OnP
20 mai 2017 : Deux artistes magnétiques viennent d’incendier les cœurs sensibles à l’Opéra Bastille. Anna Netrebko et Peter Mattei, Tatiana et Eugène, incarnent la double perfection dramatique et vocale. 
Exploration mélancolique d’un amour malheureux, Eugène Onéguine est une œuvre qui touche profondément, sur le temps qui passe inexorablement et les rendez-vous manqués avec nous-mêmes.

Dans un décor unique et intemporel, la magie de l’émotion opère grâce à ces deux interprètes et à la puissance de cette musique. La conception minimaliste de Willy Decker focalise notre regard sur eux. Nous sommes au plus près de l’intensité de leurs émotions, de leur intériorité - évolution de l’une et involution de l’autre -, de la dramaturgie de cette histoire d’amour vécue à l’envers. Les autres personnages s’évanouissent dans la mort ou dans l’oubli, tels Lenski ou Olga.

Et la musique de Tchaïkovski qui étreint. Mélange de doux lyrisme, de pathétique, de mélancolie et de poésie, le génie du compositeur est d’avoir réussi à exprimer par sa musique le secret des cœurs et la profondeur des sentiments.

La Fille de neige de Rimski-Korsakov à Bastille

A fondre de plaisir

27 avril 2017 : La Fille de neige, une petite merveille lyrique qui fait son entrée à l’Opéra de Paris. C’est donc totalement pur comme neige que l’on découvre cet opéra riche de mélodies de la culture populaire russe. On assiste à une fête joyeuse peuplée de personnages de conte qui accompagnent chaque enfant en Russie. 
La musique  de Rimski-Korsakov est pleine d’imagination, d’émotion et de mélancolie. On ressort pieds ailés de ce spectacle où l’âme russe d’essence tendre et généreuse s’unit au culte de la nature.
Une nouvelle production de Dmitri Tcherniakov qui a enchanté les spectateurs de Bastille. Le chant du beau berger Lel fait fondre le cœur des filles, la fille de neige succombe au premier rayon de soleil et le public fond de plaisir sous l’effet de la grâce de la musique et de ses interprètes.
On est sous le charme d’Aida Garifullina qui faits ses débuts à l'Opéra de Paris. Silhouette gracile, teint de porcelaine, sensibilité du jeu, la jeune soprano russe est lumineuse de timbre et de fraîcheur. Une belle découverte à suivre. Comme le contre-ténor Yurly Mynenko et ses aigus veloutés ensorcelants, dans le rôle de Lel, androgyne et pure émanation de la nature. Dans le rôle de la fiancée éconduite Koupava, Martina Serafin est remarquable de présence scénique. Impact d’une voix voluptueuse aux aigus tranchant, elle s’épanouit dan ce rôle qui lui convient à merveille.