Manon de Massenet au TCE

Les sortilèges d'une grande voix

6 avril 2019 : C’est sur la scène du Théâtre de Champs-Elysées que Juan Diego Flórez est venu chanter le Chevalier Des Grieux en concert, un nouveau rôle pour l’une des plus belles voix actuelles. Salle comble pour son unique présence parisienne de la saison dans un ouvrage lyrique. 

Prise de rôle réussie, le ténor possédant le génie de transcender ces moments de chant somptueux par l’impact de cette pure lumière dans la voix et une technique imparable. D’un rôle à l’autre, il impressionne par la richesse de ses interprétations dans le répertoire dramatique qui guide désormais ses choix : superbe Werther, impressionnant Raoul de Nangis ou magnifique Germont au Met en décembre dernier. 
La merveille avec Flórez est que jamais il n’a perdu ce charme vocal, ces aigus éclatants longuement tenus après plus de vingt ans de scène. 

Le Postillon de Lonjumeau à l’Opéra Comique

Photo © Stefan Brion / Opéra Comique
Coloré et survitaminé !
4 avril 2019 : L’ouvrage d’Adolphe Adam retrouve la scène qui l'a vu naître. Sa création en 1836 remporta un succès formidable, il enflamma durablement l'Europe mais n’avait plus été joué dans ces murs depuis 1894. 

L’Opéra Comique ressuscite Le Postillon de Lonjumeau, une œuvre méconnue dans une mise en scène délicieusement kitsch et pétillante de Michel Fau, des décors pâtissiers et rococo d’Emmanuel Charles et des costumes d’époque colorés de Christian Lacroix. Le plateau vocal, l’énergie de la troupe et l’inventivité de la scénographie font passer trois heures savoureuses et détonantes.
Adolphe Adam soigne l’écriture des airs, des duos et des parties chorales exigeant une grande virtuosité des interprètes, dans le sillage enjoué de Rossini. Le sens du théâtre, une musique gaie, l’humour, la dérision, l’opéra-comique satisfait notre appétit de plaisirs simples. Dans le rôle-titre, 

Michael Spyres fait preuve de beaucoup d’abattage scénique et de talent pour incarner le postillon, capable d'assurer les moments de bravoure de la partition. Notamment ce contre-ré qui ouvre une carrière de divo d’opéra à Chapelou ! Florie Valiquette incarne Madeleine/Mme de Latour avec tout autant de qualités, comme Franck Leguérinel dans le rôle du marquis de Corcy qu’il campe avec brio.

Don Pasquale à l'Opéra Garnier

Michel Pertusi (Don Pasquale), Pretty Yende (Norina)
Photo ©Vincent Pontet /OnP
Viva la Comedia !

Modèle du genre bouffa, l’opéra de Gaetano Donizetti est repris à l’Opéra Garnier dans la mise en scène de Damiano Michieletto qui fait vivre cet ouvrage pétillant et drôle, évitant les clichés du "dépoussiérage". 
L’intrigue faisait le miel de la Commedia dell’arte: un riche célibataire ronchon s’est mis en tête de se marier sur le tard mais il va se faire berner par son neveu et sa fiancée. Les interprètes en assurent la drôlerie émaillée de romanesque : Don Pasquale (Michele Pertusi), le vieux garçon pingre et naïf, son neveu Ernesto (Javier Camarena), l’amoureux candide, Norina (Pretty Yende), la jeune femme audacieuse et insolente, le rusé et facétieux Malestata (Christian Senn). Une production enjouée et enlevée, truffée d’incursions hilarantes comme le selfie, l’appel sur smartphone, les enregistrements vidéo sur fond vert ou la séance teinture coiffeur. 

Saison 2019-20 à l'Opéra de Paris


14 mars 2019 : L’Opéra de Paris annonce la saison 2019-20 avec ses nouvelles productions : Le Ring, La Traviata, Manon, Les Indes Galantes et Le Prince Igor.
"Ce qui met en danger l’opéra, c’est le consensus et l’indifférence" écrit Stéphane Lissner pour son avant-dernière programmation. Sa priorité : célébrer les 350 ans de la maison en laissant s’exprimer une nouvelle génération d’artistes. 

- Le projet hors-norme de La Tétralogie de Wagner est confié à Calixto Bieito avec Philippe Jordan dans la fosse. Jonas Kaufmann chante Sigmund dans La Walkyrie et Andreas Schager sera Siegfried dans les deux derniers ouvrages.


Saison 2019-20 au Metropolitan Opera

Lever de rideaux 

26 février 2019
Le Metropolitan Opera de New-York ouvre les annonces de la prochaine saison 2019-20 avec cinq nouvelles productions. C'est la 14ème saison de Peter Gelb, son Directeur général et la seconde de Yannick Nézet-Séguin, son Directeur musical. 

Ouverture en septembre avec l’opéra américain Porgy and Bess de Gerswhin avec Eric Owens et Angel Blue, Wozzeck de Berg, mettant en vedette Peter Mattei et Elza van den Heever, Akhnaten de Philip Glass qui fait son entrée au répertoire du Met, comme Agrippina de Haendel avec Joyce DiDonato. Enfin, Le Vaisseau fantôme de Wagner avec Bryn Terfel et Anja Kampe, dans une mise en scène de François Girard, créateur du sublime Parsifal de 2013.

Jonas Kaufmann et Juan Diego Florez absents mais Anna Netrebko super-star : unie à Placido Domingo dans Macbeth de Verdi, reprise de Tosca de Puccini et Gala du Nouvel célébré avec Puccini.

Les Troyens de Berlioz à Bastille

© Vincent Pontet / OnP
Tragédie lyrique et grand opéra français

27 janvier 2019 : Pour les 150 ans de la mort de Berlioz, l’attente de cette nouvelle production des Troyens était grande. Epopée lyrique en 5 actes composée par un génie de l’orchestration, la composition et le souffle méritaient le frisson des grands jours. 
Si le plateau de très belles voix vaut le déplacement, la mise en scène fait retomber l’enthousiasme car la proposition dramaturgique de Dmitri Tcherniakov se montre bien inégale et insolite. La première partie de l’ouvrage, La prise de Troie, s’avère forte et plutôt réussie mais la seconde, Les Troyens à Carthage, nous laisse attristé car dépossédé de nos émotions. 
Repenser, régénérer, actualiser, tel est le credo des metteurs en scène qui n’ont que faire de nos émotions et dont on connaît à l’avance les diktats théâtraux. Ne dit-on pas désormais Les Troyens de Tcherniakov (le compositeur ayant disparu, il n’a plus la voix au chapitre). Mission accomplie par celui qui "ne veux pas créer quelque chose qui soit trop facile à comprendre". Chanteurs et choristes sont encensés de généreux applaudissements alors que les idées novatrices peinent à convaincre et sont accueillies par des huées. De quoi méditer la pensée de Berlioz : "Il faut collectionner les pierres qu'on vous jette. C'est le début d'un piédestal."

Meilleurs voeux 2019


L’année 2018 vient de se refermer sur de mémorables spectacles ciselés pour l’oreille. Au fil de l'année, vous avez plébiscité l’intensité magicienne de beaucoup d’entre eux, en tête : l’Otello d’anthologie et l’abîme mystique de Parsifal à Munich, l’enchantement d’une Traviata New Look et le western-opéra La Fanciulla del West au Met, la renaissance des Huguenots à Paris.

La caresse d’un timbre, le regard dans la voix, le sentiment dans le mot, le don de soi, autant de qualités qui replacent l’interprétation au cœur de nos émotions. Les artistes-chouchous d’Espace Lyrique ont de nouveau sublimé, dépoussiéré, les œuvres que l’on croyait connaître. 
Il y a eu bien sûr l’or pur des voix des "fidèles" du site : Jonas Kaufmann, Anja Harteros, Juan Diego Flórez, Sonya Yoncheva et Ludovic Tézier. 
Toute ma gratitude à eux et aux interprètes si parfaitement bien chantants de l’année: Ildar Abdrazakov en Boris Godounov, Peter Mattei en Amfortas, Lisette Oropesala en Marguerite de Valois, Gerald Finley en Iago, Marianne Crebassa en Orphée, Stéphane Degout en Hamlet et Diana Damrau en Violetta.

Que cette nouvelle année soit riche en musique !

Bonne Année 2019 ! Happy New Year ! Frohes Neues Jahr !  Felice Anno Nuovo ! Feliz Año Nuevo ! С Новым Годом !

Hamlet à l’Opéra Comique

En grand et en majesté
23 décembre 2018 : Difficile d’imaginer plus merveilleux Hamlet. Le talent de Stéphane Degout éclate dans son incarnation vibrante du personnage shakespearien. Glorieux de timbre et d’amplitude, le baryton français délivre une performance d’acteur habité corps et âme, dans une détermination qui serre le cœur. Rôle écrasant dans lequel il semble aller jusqu’au bout des sentiments dévastateurs dans les affrontements théâtraux. Sous l’influence du spectre du père qui le pousse à agir, il est fascinant d’intensité, tout autant bouleversant et halluciné dans l'opposition à la mère ou face à Ophélie. Silhouette gracile, pureté des aigus, Sabine Devieilhe incarne Ophélie pour la première fois. Toujours virtuose, la soprano invite à un chant aérien d’une aisance dans les vocalises à se pâmer.
L'ouvrage d'Ambroise Thomas, l’une des plus belles partitions du répertoire français est mise en images à l'Opéra Comique avec une distribution éblouissante.

Simon Boccanegra à l’Opéra Bastille

Pater dolorosus

Ludovic Tézier (Simon Boccanegra) ©Agathe Poupeney /OnP
13 décembre 2018 : A lui seul, Ludovic Tézier justifie de découvrir cette obscure nouvelle production de l'Opéra de Paris. Son interprétation du doge génois est magistrale, habitée, toute en émotion retenue.
Tout au long de la dernière décennie, cet olympien verdien a développé de la façon la plus accomplie son identité vocale. Une carrière où il est allé lentement alors que la voix gagnait en étoffe et en résonnance. 
A 50 ans, le baryton français aligne désormais les grands rôles. L’important c’était d’arriver à l’heure pour le bonheur des scènes internationales, au sommet de sa technique dans Don Carlos, Rigoletto, Macbeth, Il Trovatore, La Traviata, Tosca ou Ernani
Aujourd’hui, il incarne pour la première fois sur scène le rôle-titre de Simon Boccanegra, gravant dans le mémorable la vérité du sentiment verdien. Majesté innée, alliage du timbre et de la musicalité, ampleur dans l’immensité de Bastille. Magnifique !