Faust de Gounod à l'Opéra de Paris

Faust et usage de Faust


Faust ©Vincent Pontet /Opéra de Paris 2015
8 mars 2015 : Faust, l’homme revenu de tout et à la recherche de sensations nouvelles, revient à l’Opéra de Paris. 
Le rideau s’ouvre sur la 2663e représentation parisienne de l’ouvrage emblématique de Charles Gounod, l’opéra français par excellence, le plus joué et le plus transformé. Et parfois le plus éparpillé, comme la vision de Jean-Louis Martinoty en 2011, monumentale et fourmillante de détails distrayants qui recueillit quelques ironies médiatiques.
Jean-Romain Vesperini en conserve les odeurs de bibliothèque, de bar-cabaret, d’arbre et la proximité de l’au-delà avec un cercueil qui s’enflamme. Il propose une relecture du mythe entre réalisme et fantastique, comme si l’opéra était la dernière hallucination de Faust sous l’effet d’une substance. Les lumières de François Thouret créent une atmosphère à la fois sombre et onirique non dénuée de charme envoûtant. 
Mais ce qui rend ce spectacle somptueux, ce sont les voix. Piotr Beczala, Krassimira Stoyanova et Ildar Abdrazakov parent de brillance et d’irisation les mélodies du compositeur et les chœurs de l’Opéra de Paris donnent des frissons. Dans la fosse, Michel Plasson et son infatigable énergie à sublimer le répertoire français force l’admiration. Cette façon de façonner la force expressive de l’orchestre avec sensibilité et intelligence est un bonheur renouvelé.

Saison 2015-16 du Metropolitan Opera


28 février 2015 : Le Metropolitan Opera de New York vient d’annoncer le programme de la saison 2015-16. Six nouvelles productions, des voix envoûtantes et une nuée de grands rôles de soprano. 
Jonas Kaufmann et Kristine Opolais, inséparables dans Manon Lescaut, sous l'oeil de Richard Eyre (coproduction avec Baden-Baden). 
Sonya Yoncheva et son ascension fulgurante, dans le rôle de Desdémone et les biceps d’Aleksandrs Antonenko dans Otello qui ouvrira la saison. 
Sondra Radvanovsky incarne les trois Reines Tudor de la trilogie de Donizetti : Roberto Devereux pour la première fois à New York et produit par David McVicar, mais aussi Anna Bolena et Maria Stuarda.
Les Pêcheurs de Perles de Bizet, jamais donné à New York depuis 100 ans (avec à l'époque Enrico Caruso) avec Diana Damrau, Lulu de Berg et l’Elektra de Strauss de Patrice Chéreau avec Nina Stemme dans le rôle-titre.

Iolanta & Le Château du prince Barbe-Bleue à New-York

Ombre et lumière

Anna Netrebko (Iolanta) et Nadja Michael (Judith)

23 février 2015 : Deux opéras en un acte rarement joués, une distribution qui frise l’idéal vocal et dramatique et une mise en scène qui captive immédiatement. 

Le Metropolitan Opera invite au voyage poétique et psychanalytique avec Iolanta, l’éveil psychologique d’une princesse aveugle, l’ultime opéra de Piotr Ilitch Tchaïkovski, et Le Château du prince Barbe-Bleue, l’unique opéra de Béla Bartok, dans lequel la jeune mariée Judith veut déverrouiller sept portes pour découvrir les sombres secrets de son mari.

Enveloppée d’une esthétique de films noirs peuplés d’héroïnes hitchcockiennes, cette double production du metteur en scène polonais Mariusz Trelinski est l’une des plus fortes et troublantes de la saison new-yorkaise. Une proximité musicale audacieuse et réussie avec d’un côté, le lyrisme et le romantisme de Tchaïkovski, et de l’autre, l’écriture moderniste de Bartok soulignant chaque frisson. Anna Netrebko, Piotr Beczala, Nadja Michael et Mikhail Petrenko comblent ce spectacle d’un très haut niveau de chant et d’investissement dramatique sous la baguette de Valery Gergiev.

Saison 2015-16 à l'Opéra national de Paris

Un nouveau souffle et une pluie d’étoiles

Philippe Jordan, Stéphane Lissner et Benjamin Millepied
 © Opéra national de Paris
10 février 2015 : "On a la tête qui tourne !" constate un participant à la conférence de presse du 4 février menée par Stéphane Lissner à la tête de l’Opéra National de Paris après dix ans de Scala. Entouré de Philippe Jordan, Directeur Musical depuis 2011, et de Benjamin Millepied, fraîchement nommé Directeur de la Danse à 37 ans, le nouveau directeur imprime sa marque sur cette première saison.

"Face à la crise, il faut être offensif et produire plus"
En 2015-16, il y aura 9 nouvelles productions lyriques, 10 œuvres de répertoire et 5 récitals en compagnie des plus belles voix du monde et de metteurs en scène internationaux audacieux et inventifs. "Une politique volontarisme qui a une signification", celle de la réaction au repli sur soi si compréhensible face à la crise par "un parti-pris d’exigence pour tirer le public vers le haut". Avec 17 voix exceptionnelles qui avaient déserté ou que l’on n’avait jamais vues à Paris …et que l’on reverra chaque année, la saison renoue avec l’excellence. 

Andrea Chénier à Londres

Jonas Kaufmann, un don fait à l’opéra

26 janvier 2015 : "Même Platon a banni les poètes de sa République", cette citation de Robespierre inscrite sur le rideau du Royal Opera House peint aux couleurs du drapeau français nous prépare au sort d’André Chénier. Un poète romantique dont la pureté créatrice ne s’accommodera pas des crimes de La Terreur, ce qui le mènera à l’échafaud. 

La scène londonienne retrouve le souffle emblématique du drame historico-romantique d’Umberto Giordano grâce au lyrisme irrésistible de la musique, aux brillants interprètes et aux accents passionnés de l’orchestre dirigé par Antonio Pappano

Jonas Kaufmann illumine ce rôle mythique dont les plus grands ténors s’emparent à la maturité de leurs ressources vocales. Depuis que j’ai découvert ce ténor passionnant sur scène, je rêvais de le découvrir dans cette incarnation. La réalité est un enchantement. Ce nouveau Chénier déploie des trésors d’ardeur et de sensibilité, aussi à l’aise dans le feu de ses aigus que dans l’humanité du désespoir. La salle est aux anges. Dans cet enthousiasme du public de rôle en rôle, il n’est question ni d’idolâtrie ni d’adulation tendance mais d’une véritable expérience humaine, celle du contact avec la beauté insensée d’une voix.

Dans le rôle de Madeleine de Coigny, la flamboyante soprano néerlandaise Eva-Maria Westbroek ne manque pas de générosité ni de puissance, quelques aigus tirés sont parfois moins convaincants. Très applaudi, le puissant baryton serbe Zeljko Lucic impose son incarnation sensible et attachante dans l’éprouvant rôle de Charles Gérard.

En attendant Andrea Chénier

Le lyrisme dans tous ses états
19 janvier 2015 : Un poète mort sur l’échafaud à 32 ans au milieu de la tourmente révolutionnaire, voilà un sujet qui se prête aux embrasements lyriques. Lorsque la musique d’un lyrisme sublime fait s’enflammer cet hymne à la fraternité, à l’amour et à la mort libératrice, son effet est garanti sur les âmes sensibles. Et lorsque l’épreuve du feu incombe à Jonas Kaufmann, rare ténor capable de ferveur électrisante et d’incarnation saisissante, l’intensité devrait être à son comble.

Du 20 janvier au 6 février, le Royal Opera House de Londres présente Andrea Chénier de Umberto Giordano. La nouvelle production est confiée à David McVicar, Antonio Pappano est dans la fosse et l’aristocrate Madeleine de Coigny est interprétée par Eva-Maria Westbroek.

Meilleurs Voeux 2015


2014 fut un voyage riche en événements. Animés par la découverte de nouvelles émotions, nos chemins se rejoignent dans ces endroits merveilleux où le temps s’arrête parfois. Car, lors d’une soirée d’opéra riche en intensité, on a l’impression que la conscience du temps a disparu. Comme si le temps de l'harmonie et des émotions était un éternel présent.

Bonne année 2015 !

Petit retour sur le livre d’images 2014 dont la toute-puissance est intimement liée à la conscience d’une expérience unique.



Spécial Noël

Idées cadeaux 100% lyriques

Si certains d'entre vous sont toujours en panne d'inspiration pour les cadeaux à offrir à la famille et aux amis, un bon CD ou DVD reste encore une valeur sûre. 
Stop aux cadeaux inutiles, encombrants, pas vraiment réfléchis ni adaptés, pensez au destinataire du cadeau, à ses passions et à ses centres d’intérêt. Au moment de l’offrir, parlez de votre cadeau à celui qui le reçoit, cela l’aidera à apprécier encore plus ce présent sur mesure !
Voici quelques suggestions de CD et DVD d’opéra parus en 2014 qui ont séduit les mélomanes. Une sélection garantie sans prise de risque. 

Manon Lescaut de Puccini à Munich

Messagers des dieux de l’émotion


7 décembre 2014 : Dans un dernier frisson, le public respire à l’unisson de l’âme de Manon. Un dernier spasme et la détresse sans fond de Des Grieux nous laissent sous le choc d’un très grand moment d’opéra. 
Ce soir, l’art lyrique est servi par deux artistes en symbiose scénique et musicale. Jonas Kaufmann et Kristine Opolais sont les deux protagonistes principaux de la nouvelle production de Manon Lescaut de Giacomo Puccini au Bayerische Staatsoper de Munich. La fusion parfaite des timbres et des sensibilités, la générosité vocale du ténor et les vibrations pénétrantes de la soprano hissent l’intensité à un niveau rarement atteint. Ils sont les deux messagers des dieux de l’émotion auxquels la musique de Puccini a donné des ailes.


Hans Neuenfels installe sa Manon dans un univers elliptique gris-noir peuplé d’êtres stylisés avec leur chevelure fauve pour seule touche de couleur. Les humains, ce sont Manon et Des Grieux, évoluant dans cet univers signifiant de leur isolement émotionnel. Leurs costumes d’un classicisme romantique se distinguent du modernisme burlesque et coloré de l’ensemble.