Kristine Opolais

Profession : Thrilling soprano


Kristine Opolais ©Marco Borggreve
14 août 2015
Kristine Opolais vient d’être follement acclamée lors de deux productions de Manon Lescaut de Puccini. Coupée du monde mais enserrée dans les bras de Jonas Kaufmann, toute l’émotion de scène était contenue dans leurs étreintes. Un couple vocal incandescent était né. Unis dans le lyrisme à Londres, Munich, et en mars prochain dans une nouvelle production à New York.

Elle fait partie de cette génération d’interprètes qui ne séparent pas voix et théâtre et qui, en scène, s’avèrent de sidérants chanteurs-acteurs. Elle partage avec le beau Jonas la puissance pure du chant sur notre plexus solaire et la particularité d’extraire son âme pour être à la hauteur du rôle. 
Portrait d’une thrilling soprano (*) à la voix voluptueuse qui voue une passion à Puccini. Elle multiplie les incarnations de ses héroïnes où ses effusions dramatiques font des merveilles : Mimi, Cio-Cio San, Floria Tosca, Magda et Manon.


Carmen de Bizet

Don José, de Londres à Orange


Chorégies d'Orange © Philippe Gromelle
14 juillet 2015 : Dans le Théâtre Antique d’Orange, chaque année, le festival d’art lyrique captive, emporte ou divise. Le plein air lui permet de rayonner jusqu’aux gradins les plus éloignés et la nuit nous plonge dans les tourments les plus universels.
Carmen, le succès planétaire de Georges Bizet, est de retour. Jonas Kaufmann, titulaire en chef du rôle de Don José, réapparaît sur une place lyrique française après cinq ans d’absence, entraînant dans son sillage Kate Aldrich en bohémienne chic. Un couple d’amants magnifiques, superbement théâtral et musicalement accordé. 

Des huées ont accueilli la production de Louis Désiré, le public n’a pas retrouvé la tradition ronronnante de l’Espagne de carte postale. Le metteur en scène a préféré un immense jeu de cartes pour seul dépaysement. Tout est écrit, le destin est en marche et la mort plane. Il voulait des sentiments, du tragique, pas du folklore. Filmé pour l’occasion, Carmen devient intime, le drame se joue dans la relation d’un homme et d’une femme. La scénographie emprunte des chemins inattendus, privilégiant l’esthétisme et la cohérence de son parti-pris, le lyrisme plutôt que la passion. Un malentendu aux échos méprisants bien excessifs car le spectacle ne manque pas de qualités. Et Jonas Kaufmann a mis tout le monde d’accord !

Cela fait dix ans – ou presque – que ce Don José est terriblement humain, fragile et brisé face à Carmen qui reste insensible à sa déclaration d’amour fou. Lors de sa prise de rôle à Londres en 2006, le ténor bouleverse les standards et pleure à la fin de l’air de la fleur, révélant plus tard que ce n’était pas prévu mais que l’émotion était trop forte. 

Guillaume Tell de Rossini à Londres

Gerald Finley, poignant héros déraciné

© Royal Opera House / Clive Barda
10 juillet 2015 : Un enfant s’avance portant une jeune pousse d’arbre et la plante dans la terre jonchant le plateau de Covent Garden. L’arbre mort déraciné s’élève pour accueillir un nouveau cycle de vie. Image de la Suisse naturaliste qui fait des hommes proches de la nature et des vertus simples, attachés à la liberté et hostiles à la tyrannie. Un message humaniste et un moment d’émotion avant que le rideau tombe sur le final élégiaque où chœurs et interprètes se rejoignent dans une harmonie céleste.

Guillaume Tell, chef d’œuvre absolu de l’invention mélodique et rythmique de Rossini clôture la saison du Royal Opera House, après 25 ans d’absence sur cette scène. Grande ouverture, place essentielle donnée au chœur, montée en puissance du drame, l’ouvrage abonde de moments de bravoure nécessitant des voix d’envergure. 
Opéra fort, spectacle fort et réussi dans lequel Gerald Finley incarne un Guillaume Tell magistral, à la fois noble et bouleversant d’humanité. John Osborn affronte avec brio et courage les envolées stratosphériques d’Arnold et Malin Byström est une Mathilde intense. Dans la fosse, Antonio Pappano nous emporte avec passion tout au long des quatre heures de cette œuvre grandiose. Pas un seul temps mort, depuis le début jubilatoire au rythme du galop d’ouverture jusqu’au final au lyrisme puissant. 
Pour Damiano Michieletto, tous les livrets utilisés par Rossini nous parlent de la vie d’aujourd’hui et du monde actuel. Sa mise en scène parvient à créer l’ambiance humaine tangible permettant de faire vivre les personnages et les rendre crédibles et justes. (*)

Teatro alla Scala saison 2015-16

14 juin 2015 : Giovanna d’Arco de Verdi ouvrira la saison 2015-16 du Teatro alla Scala, une nouvelle production après 150 ans d’absence dans le lieu où l’opéra fût créé en 1845. Anna Netrebko incarnera l’héroïne guerrière entièrement vouée à son pays dans sa mission divine. 
Le 7 décembre n'est pas un jour ordinaire à Milan : on fête saint Ambroise, le patron de la ville, et surtout l'ouverture de la saison lyrique. Ce soir-là, tout ce que la Lombardie compte de notables, d’élus et d'élégantes afflue dans le temple du bel canto sous les crépitements des flashs. Cette année, le Maestro Riccardo Chailly est le nouveau directeur musical.
Lors de sa conférence de presse de mai, Alexander Pereira, surintendant et directeur artistique, a pointé la couleur italienne de la saison en annonçant 15 opéras avec 7 grands ouvrages du répertoire italien dont 4 de Verdi.

Parmi les nouvelles productions : I due Foscari de Verdi avec Placido Domingo, La cena delle beffe de Giordano qui resta sans lendemain après sa création en 1924 à Milan, La Fanciulla del West, nouvel opus du cycle Puccini, La Flûte enchantée de Mozart  en collaboration avec les jeunes artistes de l'Accademia Teatro alla Scala, Le Tour d'écrou de Britten, Les Noces de Figaro de Mozart pour le 225e anniversaire de sa mort, avec Diana Damrau et Marianne Crebassa, Fin de partie de György Kurtág et Porgy and Bess de George Gershwin.

Les mélodies du bonheur de Jonas Kaufmann

Concert Du bist die Welt für mich à Paris


25 mai 2015 : Au simple énoncé de son nom, les salles d’opéra se remplissent, les billetteries se vident et les sites web se bloquent les jours d’ouverture de réservation. Ce jour de mai, le Théâtre des Champs-Elysées est en effervescence car Jonas Kaufmann chante Du bist die Welt für mich, le programme de son dernier album, accompagné par l’orchestre de la radio bavaroise. C’est le dernier épisode d’une série de onze concerts européens.

Un merveilleux concert avec le talent, le charme, le swing et l’humour pour un saut cadencé dans les années folles de l’entre-deux-guerres. Le ténor a séduit dans tous les genres et cette fois, l’étoile polyvalente s’aventure dans le monde de l'opérette. Avec la même précision artistique, la même évidence et le même impact jubilatoire sur le public. C’est comme ça, Jonas Kaufmann brille de toutes ses facettes et partout où il passe, les ovations sont interminables et le public repart heureux. 

Macbeth de Verdi au TCE

Œuvre au noir
Susanna Branchini et Roberto Frontali
Lady Macbeth et Macbeth - TCE © Vincent Pontet
12 mai 2015 : Le Théâtre des Champs-Elysées présente une attachante production de Macbeth de Verdi. La mise en scène est confiée au cinéaste napolitain Mario Martone dont le parti pris est d’explorer la sombre psychologie du couple Macbeth dans leur spirale infernale meurtrière. Univers noir et sobriété dans un jeu d’ombres et de lumières pour dépeindre l’intériorité des personnages verdiens. 

L’Orchestre National de France dirigé par Daniele Gatti s’attache également à jouer les contrastes. Pas de bourrasque orchestrale mais des clairs-obscurs, des vibrations pathétiques et un expressionnisme musical dosé. Une tonalité en affinité avec l’esprit de la mise en scène. La distribution est équilibrée et presque 100% italienne.Très belle prestation des chœurs de Radio France.

Royal Opera House saison 2015-16


© ROH / Sim Canetty-Clarke

21 avril 2015 : Le Royal Opera House vient d’annoncer le programme de la saison 2015-16 avec huit nouvelles productions et un certain nombre de chanteurs et metteurs en scène pour la première fois à Londres. 
Le Chef Gianandrea Noseda fera ses débuts dans Il Trovatore, tandis que Juan Diego Flórez, Joyce DiDonato et Bryn Terfel incarneront de nouveaux rôles dans leur carrière. 
Ouverture de la saison sur une nouvelle production d'Orphée et Eurydice de Gluck avec Juan Diego Flórez. Une première scénique du ténor qui ne l’a chanté qu’en version concert en 2008 pour l'enregistrement sur le vif d’un CD. Joyce DiDonato chantera sa première Charlotte dans Werther et Bryn Terfel aura le rôle principal dans la nouvelle production de Boris Godounov. 

Wiener Staatsoper saison 2015-16

Viennoiseries pour tous


Wiener Opera on the Square
20 opéras et ballets par mois sur la place Herbert von Karajan
    
14 avril 2015 : Vienne n’a pas attendu les valses de Strauss pour être bercée par les sanglots longs des violons. Au cœur d’une ville entre toutes musicienne, l’Opéra de Vienne a valeur de symbole. Le 9 avril dernier, son Directeur Dominique Meyer a annoncé la saison 2015-16 avec ses six nouvelles productions, dont un opéra pour enfants en première mondiale.
Mais là où Vienne est unique, c’est dans la qualité régulière musicale de son répertoire, le plus étendu qui soit. Quatre siècles d’art lyrique contenus dans les 54 opéras de la saison déclinés dans près de 300 représentations. Unique au monde également, les 45 représentations en live streaming et les 20 opéras par mois sur écran géant de la place Herbert von Karajan.
Ludovic Tézier incarnera son premier Macbeth avant de rejoindre la distribution 5 étoiles de Don Carlo, Anja Harteros, René Pape, Ramon Vargas, Béatrice Uria-Monzon.
Juan Diego Flórez revient en force de janvier à mai : duc de Mantoue dans Rigoletto avec Olga Peretyatko en Gilda, Ernesto dans Don Pasquale avec Michele Pertusi dans le rôle-titre. Et on l’attend avec impatience dans Gounod et son Roméo et Juliette au côté de Marina Rebeka. Une courte apparition de Jonas Kaufmann, le temps de reformer le trio londonien de Tosca avec Angela Gheorghiu et Bryn Terfel. Et les fidèles : Anja Harteros (Arabella, Don Carlo, Le Chevalier à la Rose), Anna Netrebko (Manon Lescaut, Eugène Onéguine), Krasimira Stoyanova (Un bal masqué, Ariane et Rusalka), Elina Garanca (Werther) et Nina Stemme (Elektra). 

Cavalleria rusticana de Mascagni à Salzbourg

Un jour de Pâques en Sicile


Jonas Kaufmann (Turiddu), Liudmyla Monastyrska (Santuzza)
 Photos © Matthias Creutziger /Festival de Salzbourg
6 avril 2015 : Le Festival de Pâques de Salzbourg affichait deux représentations du diptyque apprécié des amateurs du vérisme abouti porté par une distribution remarquable : Cavalleria rusticana signé Pietro Mascagni et I Pagliacci de Ruggero Leoncavallo. Chaque partition courte, d’un acte, compose le double portrait d’un drame amoureux passionnel et tragique s’achevant dans la mort. De mon salon, je n’ai eu accès qu’au premier ouvrage d’un synchronisme temporel parfait puisque l’intrigue se déroule au moment de Pâques. 
Avec sa naïveté brute et sa force dramatique saisissante, Cavalleria rusticana est un opéra intense et désespéré dont le lyrisme vous prend à la gorge jusqu’aux dernière notes. Une tragédie sombre et pathétique ancrée dans une réalité sociale dans laquelle Jonas Kaufmann et ses partenaires subliment la charge émotionnelle engendrée par les sentiments humains exacerbés. 
Dans ce rôle d’anti-héros infortuné à fleur de peau, la performance vocale et l’investissement dramatique du ténor sont admirables. Il n’est pas le seul car l’étoffe vocale et les élans bouleversants de Luidmyla Monastyrska l’accompagnent. De longues ovations ont accueilli cette nouvelle production, à mettre également au crédit de l’harmonie parfaite régnant entre la direction de Christian Thielemann et l’inventivité scénique de Philipp Stölzl, libérant l’ouvrage du vérisme emprunté souvent caricaturé. Les couleurs et les éruptions musicales explosives de l’orchestre de Dresde parachèvent la magie de cette représentation.