Saison 2016-17 à l'Opéra de Paris

"L’Opéra n’attend que vous !"

10 février 2016 : "Il n’y a pas d’autre mur et barrière pour l’homme que le Ciel !", c’est la conviction de Stéphane Lissner qui a dévoilé ce matin la saison 2016-2017. 
"L’Opéra n’attend que vous !" s’affiche en exergue au programme de l'Opéra de Paris. Cette année, il présente 20 ouvrages lyriques dont 11 nouvelles productions alternant découvertes et grands standards lyriques.

Du vent dans les cheveux avec les grandes voix qui reviennent de nouveau en force sur la scène parisienne : Kaufmann, Netrebko, Garanca, Harteros, Pape, Terfel, Alagna, Mattei, Fagioli, Serafin, Abdrazakov, Antonenko, Jaho, Alvarez, Antonacci, etc. Ils partagent l’affiche avec la jeune génération talentueuse dont beaucoup de voix françaises. "C’est notre rôle de favoriser leur venue" précise Stéphane Lissner.

Werther de Massenet à l'Opéra Bastille

Eternel
Piotr Beczala et Elīna Garanča © Émilie Brouchon / OnP
2 février 2016 : Depuis le 20 janvier, Werther de Jules Massenet signé par le cinéaste Benoît Jacquot connaît un nouveau triomphe. Les héros ont changé, le couple Werther-Charlotte est incarné par deux des plus grandes voix actuelles : Piotr Beczala et Elina Garanča, tous deux ovationnés par un public conquis. 
Dignes ambassadeurs de ce répertoire, ils déploient les couleurs vocales qui conviennent idéalement à ce duo-phare de l'opéra romantique français du XIXe siècle. 

Je voue depuis toujours une adoration à cette musique sublime qui se coule dans les méandres d’un romantisme tendre et tourmenté. Une musique de l’âme qui s’insinue dans un flux orchestral d’une bouleversante efficacité dramatique. Rarement, une musique aura aussi bien traduit le mal d’amour porté à son paroxysme. 
Rendre crédible et intense cette histoire romanesque à une époque où la modernité et la relecture sont de bon ton, tel est le talent du metteur en scène qui manie avec élégance le lyrisme en demi-teintes d’un romantisme assumée. Ancrée dans le XVIIIe siècle, le cadre dépouillé sied au charme poétique des tableaux éclairés comme des peintures flamandes. 

Meilleurs Voeux 2016


2015 s’étant surpassée pour qu’on ne la regrette pas, célébrons le passage à 2016 en espérant qu’elle distillera plus de satisfactions. En ces jours de vœux de bonheur et de renouveau, je vous souhaite encore plus de moments heureux et inoubliables. 


Pour les amoureux de l’art lyrique, pas de vœux extravagants, simplement le plaisir de vivre ces instants doux et magiques où des hommes et des femmes donnent le meilleur d’eux-mêmes, leurs plus belles voix dans tous leurs éclats.

"Comment se fait-il que des trois arts imitateurs de la nature - la musique, la peinture et la poésie -, celui dont l’expression est la plus arbitraire et la moins précise, parle le plus fortement à l’âme ? Serait-ce qu’ayant besoin de secousses pour être émus, la musique est plus propre que la peinture et la poésie à produire en nous cet effet tumultueux ?" écrivait un philosophe français au XVIIIe siècle…alors que Verdi, Puccini, Rossini et Wagner n’étaient pas encore nés.

La Damnation de Faust de Berlioz à Bastille

Faust facture

Jonas Kaufmann et Sophie Koch
© Opéra national de Paris
29 décembre 2015 : Pour Hector Berlioz, le Doktor assoiffé de vie et d’action est devenu un homme à la recherche désespérée du sens de la vie, envahi par le mal de vivre. 
"Légende dramatique", La Damnation de Faust n’est pas un opéra mais une forme d’oratorio conçue pour le concert. D’où une intrigue décousue et de nombreuses scènes brèves qui constituent un défi pour les re-présenter, entendre: présenter à nouveau ce mythe faustien avec une créativité qui oblige à repenser la portée de l’ouvrage.

Alvis Hermanis, le maître d’œuvre de cette ambitieuse production ne s’en tient pas à imaginer la figure contemporaine de Faust, il s’aventure dans le sillage de Mars, une planète comme seul refuge pour fuir la catastrophe écologique.
Premier volet d’un cycle Berlioz dirigé par Philippe Jordan, cette Damnation devait être le spectacle-événement de la saison ; il le restera par la déception liée à sa mise en scène qui brasse toutes sortes de registres sans parvenir à convaincre. Une accumulation asphyxiante d’éléments de scénographie et un manque d’intérêt réservé aux chanteurs qui ont définitivement allumé le feu dans Bastille. 
Musicalement, pas besoin d’aller sur Mars, les étoiles sont sur scène et dans la fosse. D’autant plus que c’était le retour de grandes voix après des années d’absence sur la scène parisienne. Impressionnant Faust de Jonas Kaufmann dont "l’invocation à la nature" est un moment rare. Lunettes de professeur d’université sur le nez, le ténor chante avec une classe folle. Son génie des nuances, cette intensité du chant et cette poésie d’incarnation ont construit son succès planétaire. Bryn Terfel imposant de stature et de voix, est en grande forme, et Sophie Koch très émouvante en dépit de l’environnement incongru.

Spécial Cadeaux de Noël

Best of des cadeaux lyriques 2015
Le froid et la neige ne sont pas de retour mais la quête de la bonne idée cadeau de Noël se poursuit pour certains d’entre nous. 
Sous le sapin d’Espace Lyrique, vous trouverez de quoi faire plaisir à votre famille : pas encombrants, ni standardisés, ni pratiques, ni high-tech mais des cadeaux adaptés à leur personnalité et tout simplement… lyriques !

Qu’ils soient mélomanes avertis ou non, découvrez ces quelques suggestions de cadeaux pour vos parents, votre moitié, vos frères et sœurs, vos enfants et vos amis. 
Et afin de passer personnellement un Noël paisible, je signale à ma famille et à mes amis, que ces portraits sont purement fictifs et que "toute ressemblance avec des personnes existant serait purement fortuite".

"Le Château de Barbe-Bleue" et "La Voix humaine" à l'Opéra Garnier

Les larmes qui encadrent l’existence

Barbara Hannigan (Elle) © Bernd Uhlig

1 décembre 2015: Après Moïse et Aaron, l’Opéra de Paris poursuit sa quête de modernité dans de nouvelles productions qui fascinent grâce au travail abouti et puissant de leurs metteurs en scène. 
Tragédies lyriques en images fortes du Château de Barbe-Bleue  et de La Voix humaine pour lesquelles Krzysztof Warlikowski réussit à rassembler deux univers dans son théâtre étrange et captivant. Un goût pour le fantastique et les larmes déclinés dans deux opéras courts du XXe siècle, Béla Bartók et Francis Poulenc réunis par un fil conducteur : la face sombre et dévastatrice de la passion. 

Bartók connaissait le poids des douleurs. À propos du Château de Barbe-Bleue, il dira : "Au fond nous faisons notre entrée dans le monde avec des larmes et nous en sortons avec des larmes. Elles encadrent notre existence…".
Images poétiques et glaçantes comme deux facettes d’un polar dans une esthétique d’art déco des années 30. Et un tour de force artistique par la fusion accomplie de la musique et du théâtre. 
La musique de Bartók est comme un volcan en éruption qui déverse sa puissance aux sonorités expressionnistes. Celle de Poulenc est un monologue lyrique d’une intensité absolue. Et l’omniprésence de trois voix humaines et à la hauteur : Barbara Hannigan, Ekaterina Gubanova et John Relyea. 

Juan Diego Flórez - Philharmonie de Paris

Actualité et nouveaux horizons

Juan Diego Florez - Philharmonie de Paris - 20 Novembre 2015
30 novembre 2015: Et si Juan Diego Flórez était tout simplement le meilleur ténor du monde ? C’est de toute évidence l’un des artistes les plus impressionnants de sa génération, fascinant de facilités vocales et de séduction d’un timbre reconnaissable entre tous. Impact imparable d’un travail technique de titan. 
Il suffit d’une nouvelle soirée de concert avec lui pour retrouver tout ce qui alimente notre admiration. Plaisir immédiat de rentrer dans une bulle de plénitude car c’est une invitation à tout oublier que nous a proposé le ténor péruvien. 
Juan Diego Flórez était en concert à la Philharmonie de Paris le 20 novembre dernier, un exercice dans lequel il excelle et qui rend son public totalement dingo. Pour ce retour parisien, le ténor a concocté un programme original, des pages de ses compositeurs fétiches voisinant des mélodies populaires et des chants tristes. De la Tarentelle de Rossini, à O sole mio, Parlami d’amore ou Arrivederci Roma mais aussi Duparc, Mozart et Donizetti, accompagné du fidèle Vincenzo Scalera au piano.
Couleurs musicales pétillantes après l'entracte : Juan Diego Florez est escorté d’Avi Avital, orfèvre de la mandoline, Ksenija Sidorova à l’accordéon, et Samuel Domergue aux percussions.

Aïda de Verdi - CD référence

En plein dans le Nil !


5 novembre 2015 : Encensé avant d’être découvert, ce sublime enregistrement d’Aïda de Verdi a multiplié en un mois critiques élogieuses et récompenses étoilées avant de caracoler en tête des ventes dans tous les pays.

Cela arrive rarement à l’écoute d’un CD, mais avoir le cœur qui bat comme si l’on était en salle, c’est une performance qui mérite d’être soulignée !


Moïse et Aaron à l'Opéra Bastille

L'un pense et l'autre parle
Aaron & Moïse (© Bernd Uhlig / Opéra de Paris


23 octobre 2015 : Le soir de la première de Moïse et Aaron, une ovation méritée couronnait Philippe Jordan entouré de la centaine de choristes de l’Opéra de Paris, tous ayant réussi à faire passer la pure beauté du son et la puissance du texte de l’ouvrage d'Arnold Schoenberg, pourtant réputé si difficile d’accès. 

Première nouvelle production de la saison programmée par son nouveau directeur Stéphane Lissner et débuts de Romeo Castelluci à Paris. Beaucoup de rumeurs et une grande attente.
Première pour moi également, influencée par le pragmatisme des analystes de cette musique avec les mots "dodécaphonique" ou "atonalité". Des mots qui ont de quoi inquiéter les non-théoriciens de la musique, plutôt adeptes du lyrisme échevelé. Un malentendu vite balayé par la puissance dramatique prodigieuse de l’œuvre. 
Avec cette production, il faut lâcher la raison et accepter de se laisser envahir par une troublante sensation. Et abdiquer sur le moment de toute tentative d’interprétation et de toute référence à son vécu musical pour sentir monter l’émotion dans l’immersion du spectacle: la musique, la partition chorale, la force du texte, sa résonance dans l’actualité comme dans notre spiritualité, le théâtre et ses images-émotions.

A propos de la forte théâtralité de l’ouvrage, Stéphane Lissner disait récemment "Elle ne vient pas seulement des personnages, mais aussi de cette osmose incroyable entre la difficulté de ce qui est demandé au chœur et de ce qui est demandé à l'orchestre. Cela a un impact physique très étrange sur le public, qui, sans la comprendre forcément, se retrouve fasciné et bouleversé par cette partition extraordinaire, où les deux formations essaient de passer l'obstacle.". C’est aussi cela.