Une soirée à La Scala avec Jonas Kaufmann


10 mars 2016 : Les caméras étaient en place, l’artillerie Sony avait déjà son retro-planning de communication, il ne manquait plus que lui. Le pari était risqué: filmer le premier concert Puccini du plus allemand des ténors dans le temple italien de l’art lyrique. Mais je dois rendre les armes, ce concert filmé est un pur joyau, sur tous les plans: le premier rôle bien sûr, mais aussi les images de La Scala en fête, l’orchestre en état de grâce et Puccini !

Modèle d’ardeur dramatique, Jonas Kaufmann est, dans la seconde, au plus juste de l’instant de vie de son personnage, de son émotion, oubliant le public, la technique et lui-même. Concentré, relié, humain et authentique, tout est immédiatement perceptible par le spectateur, et le bouleverse. Dans la voix et dans le regard, il a ce feu sombre et toute la douceur du monde. 

Ce concert est aussi emblématique de chaque apparition du ténor vécue par ceux qui le suivent: ce n’est pas seulement la pure beauté d’un timbre qui fascine, mais le génie de l’interprète. 

Après deux airs rares du Villi et d’Edgar, la température grimpe d’un cran avec le romanesque passionné de Des Grieux. Vient l’émouvante confession de la vie misérable de Dick Johnson, la tendresse nostalgique des derniers instants de Cavadarossi pour enfin se consumer en Calaf dans l’extase de son premier Nessun Dorma. Et les désormais célèbres 40 mn de rappels et d’ovations. C’est le seul ténor actuel à avoir accéder à ce graal à Milan…avec Juan Diego Flórez quelques jours plus tard.

Roméo et Juliette de Gounod à Vienne

Tendres duos


Marina Rebeka, Juan Diego Florez 
© Wiener Staatsoper/ Michael Pöhn
29 février 2016 : Roméo et Juliette de Charles Gounod revient à l'Opéra de Vienne pour trois représentations dont la dernière sera diffusée en live streaming le 1er mars. 
Cette reprise de la production de Jürgen Flimm créée en 2001 avait beaucoup à offrir : Juan Diego Flórez pour son premier Roméo européen et les débuts viennois de Marika Rebeka dans le rôle de Juliette. Ils ont tous deux la juvénilité scénique qui convient l’universalité du mythe. 
Le ténor l’a chanté une première fois à Lima en 2014 et la soprano lettone à Vérone en 2013. Le couple lyrique se retrouve après Guillaume Tell au Festival Rossini de Pesaro la même année.
Ténor et soprano trouvent dans cet opéra deux des plus beaux rôles pour s’élever et se consumer dans un lyrisme éperdu. Charles Gounod a composé probablement la meilleure adaptation de la pièce de Shakespeare. Aucun opéra n’est aussi fidèle à la tragédie éponyme et le génie romantique du compositeur s’accomplit dans les nombreuses scènes d’amour. Les quatre duos d’amour charpentent les étapes de leur amour : le coup de foudre, l’épanouissement de la passion, le réveil d’une nuit d’étreintes et l’ultime sacrifice dans la mort. 
Des aigus rayonnants et de beaux moments d’opéra romantique : Juliette rêvant de mariage sur une lune jonchée de pétales rouges sur fond de nuit bleue étoilée, le réveil à la première nuit d’amour et le dernier duo où Roméo vacille et délire avant de rejoindre Juliette dans la mort.

Saison 2016-17 au Metropolitan Opera


18 février 2016 : Peter Gelb vient d'annoncer la nouvelle saison du Metropolitan Opera de New-York.
26 opéras dont 6 nouvelles productions composent cette nouvelle saison. Tristan et Isolde ouvrira la saison, suivi de Guillaume Tell, Roméo et Juliette, Rusalka et Le Chevalier à la Rose. Et, pour la première fois au Met, L'Amour de loin de Kaija Saariaho, compositrice finlandaise.

La saison propose 20 ouvrages de répertoire, de Mozart à Janacek, embellis de distributions de stars : Netrebko, Stemme, Damrau, Fleming, Garanca, Opolais, Yoncheva, Peretyatko, Pieczonka, Koch et Finley, Domingo, Alagna, Beczala, Alvarez, Grigolo, Hymel, Vogt, Abdrazakov. Une absence remarquée, celle de Jonas Kaufmann. Et Juan Diego Florez concède seulement un gala.

Les stars internationales du Met se réuniront en mai pour célébrer les 50 ans de l’institution au Lincoln Center. 
Ce sera la 40ème année au Met de son directeur musical James Levine (72 ans), qui dirigera des pièces majeures malgré ses problèmes de santé.
Les prix des billets restent inchangé, voire se réduit sous forme de billets "Rush" délivrés en dernière minute ou de "Vendredi pour les moins de 40 ans" à $60 ou $100.
"Live in HD" mettra en vedette 10 retransmissions à partir du 8 Octobre, ce sera la 11e année de diffusion et la 100e de la série avec Tristan et Isolde

Saison 2016-17 à l'Opéra de Paris

"L’Opéra n’attend que vous !"

10 février 2016 : "Il n’y a pas d’autre mur et barrière pour l’homme que le Ciel !", c’est la conviction de Stéphane Lissner qui a dévoilé ce matin la saison 2016-2017. 
"L’Opéra n’attend que vous !" s’affiche en exergue au programme de l'Opéra de Paris. Cette année, il présente 20 ouvrages lyriques dont 11 nouvelles productions alternant découvertes et grands standards lyriques.

Du vent dans les cheveux avec les grandes voix qui reviennent de nouveau en force sur la scène parisienne : Kaufmann, Netrebko, Garanca, Harteros, Pape, Terfel, Alagna, Mattei, Fagioli, Serafin, Abdrazakov, Antonenko, Jaho, Alvarez, Antonacci, etc. Ils partagent l’affiche avec la jeune génération talentueuse dont beaucoup de voix françaises. "C’est notre rôle de favoriser leur venue" précise Stéphane Lissner.

Werther de Massenet à l'Opéra Bastille

Eternel
Piotr Beczala et Elīna Garanča © Émilie Brouchon / OnP
2 février 2016 : Depuis le 20 janvier, Werther de Jules Massenet signé par le cinéaste Benoît Jacquot connaît un nouveau triomphe. Les héros ont changé, le couple Werther-Charlotte est incarné par deux des plus grandes voix actuelles : Piotr Beczala et Elina Garanča, tous deux ovationnés par un public conquis. 
Dignes ambassadeurs de ce répertoire, ils déploient les couleurs vocales qui conviennent idéalement à ce duo-phare de l'opéra romantique français du XIXe siècle. 

Je voue depuis toujours une adoration à cette musique sublime qui se coule dans les méandres d’un romantisme tendre et tourmenté. Une musique de l’âme qui s’insinue dans un flux orchestral d’une bouleversante efficacité dramatique. Rarement, une musique aura aussi bien traduit le mal d’amour porté à son paroxysme. 
Rendre crédible et intense cette histoire romanesque à une époque où la modernité et la relecture sont de bon ton, tel est le talent du metteur en scène qui manie avec élégance le lyrisme en demi-teintes d’un romantisme assumée. Ancrée dans le XVIIIe siècle, le cadre dépouillé sied au charme poétique des tableaux éclairés comme des peintures flamandes. 

Meilleurs Voeux 2016


2015 s’étant surpassée pour qu’on ne la regrette pas, célébrons le passage à 2016 en espérant qu’elle distillera plus de satisfactions. En ces jours de vœux de bonheur et de renouveau, je vous souhaite encore plus de moments heureux et inoubliables. 


Pour les amoureux de l’art lyrique, pas de vœux extravagants, simplement le plaisir de vivre ces instants doux et magiques où des hommes et des femmes donnent le meilleur d’eux-mêmes, leurs plus belles voix dans tous leurs éclats.

"Comment se fait-il que des trois arts imitateurs de la nature - la musique, la peinture et la poésie -, celui dont l’expression est la plus arbitraire et la moins précise, parle le plus fortement à l’âme ? Serait-ce qu’ayant besoin de secousses pour être émus, la musique est plus propre que la peinture et la poésie à produire en nous cet effet tumultueux ?" écrivait un philosophe français au XVIIIe siècle…alors que Verdi, Puccini, Rossini et Wagner n’étaient pas encore nés.

La Damnation de Faust de Berlioz à Bastille

Faust facture

Jonas Kaufmann et Sophie Koch
© Opéra national de Paris
29 décembre 2015 : Pour Hector Berlioz, le Doktor assoiffé de vie et d’action est devenu un homme à la recherche désespérée du sens de la vie, envahi par le mal de vivre. 
"Légende dramatique", La Damnation de Faust n’est pas un opéra mais une forme d’oratorio conçue pour le concert. D’où une intrigue décousue et de nombreuses scènes brèves qui constituent un défi pour les re-présenter, entendre: présenter à nouveau ce mythe faustien avec une créativité qui oblige à repenser la portée de l’ouvrage.

Alvis Hermanis, le maître d’œuvre de cette ambitieuse production ne s’en tient pas à imaginer la figure contemporaine de Faust, il s’aventure dans le sillage de Mars, une planète comme seul refuge pour fuir la catastrophe écologique.
Premier volet d’un cycle Berlioz dirigé par Philippe Jordan, cette Damnation devait être le spectacle-événement de la saison ; il le restera par la déception liée à sa mise en scène qui brasse toutes sortes de registres sans parvenir à convaincre. Une accumulation asphyxiante d’éléments de scénographie et un manque d’intérêt réservé aux chanteurs qui ont définitivement allumé le feu dans Bastille. 
Musicalement, pas besoin d’aller sur Mars, les étoiles sont sur scène et dans la fosse. D’autant plus que c’était le retour de grandes voix après des années d’absence sur la scène parisienne. Impressionnant Faust de Jonas Kaufmann dont "l’invocation à la nature" est un moment rare. Lunettes de professeur d’université sur le nez, le ténor chante avec une classe folle. Son génie des nuances, cette intensité du chant et cette poésie d’incarnation ont construit son succès planétaire. Bryn Terfel imposant de stature et de voix, est en grande forme, et Sophie Koch très émouvante en dépit de l’environnement incongru.

Spécial Cadeaux de Noël

Best of des cadeaux lyriques 2015
Le froid et la neige ne sont pas de retour mais la quête de la bonne idée cadeau de Noël se poursuit pour certains d’entre nous. 
Sous le sapin d’Espace Lyrique, vous trouverez de quoi faire plaisir à votre famille : pas encombrants, ni standardisés, ni pratiques, ni high-tech mais des cadeaux adaptés à leur personnalité et tout simplement… lyriques !

Qu’ils soient mélomanes avertis ou non, découvrez ces quelques suggestions de cadeaux pour vos parents, votre moitié, vos frères et sœurs, vos enfants et vos amis. 
Et afin de passer personnellement un Noël paisible, je signale à ma famille et à mes amis, que ces portraits sont purement fictifs et que "toute ressemblance avec des personnes existant serait purement fortuite".

"Le Château de Barbe-Bleue" et "La Voix humaine" à l'Opéra Garnier

Les larmes qui encadrent l’existence

Barbara Hannigan (Elle) © Bernd Uhlig

1 décembre 2015: Après Moïse et Aaron, l’Opéra de Paris poursuit sa quête de modernité dans de nouvelles productions qui fascinent grâce au travail abouti et puissant de leurs metteurs en scène. 
Tragédies lyriques en images fortes du Château de Barbe-Bleue  et de La Voix humaine pour lesquelles Krzysztof Warlikowski réussit à rassembler deux univers dans son théâtre étrange et captivant. Un goût pour le fantastique et les larmes déclinés dans deux opéras courts du XXe siècle, Béla Bartók et Francis Poulenc réunis par un fil conducteur : la face sombre et dévastatrice de la passion. 

Bartók connaissait le poids des douleurs. À propos du Château de Barbe-Bleue, il dira : "Au fond nous faisons notre entrée dans le monde avec des larmes et nous en sortons avec des larmes. Elles encadrent notre existence…".
Images poétiques et glaçantes comme deux facettes d’un polar dans une esthétique d’art déco des années 30. Et un tour de force artistique par la fusion accomplie de la musique et du théâtre. 
La musique de Bartók est comme un volcan en éruption qui déverse sa puissance aux sonorités expressionnistes. Celle de Poulenc est un monologue lyrique d’une intensité absolue. Et l’omniprésence de trois voix humaines et à la hauteur : Barbara Hannigan, Ekaterina Gubanova et John Relyea